Mallo retourne l’Actu. Réflexions…

Petit retour sur un article, et un peu d'histoire pour commencer la semaine…

 

Je ne vous ferai pas un cours magistral d'histoire, aujourd'hui ce n'est pas le but, mais voici un bref rappel pour les plus jeunes d'entre nous :

A la fin de la seconde guerre mondiale, commence la traque aux Nazis. Ceux à qui on a permis de faire l'indicible pendant des années, sont désormais activement recherchés (à la gloire, si possible, d'un côté ou l'autre du rideau de fer). On pense au procès Nuremberg bien sûr – l'heure est au jugement -, ou encore à l'ange noir d'Auschwitz, l'effroyable Josef Mengele recherché pour ses expériences qui remettent en question l'humanité et tout l'ordre de la médecine : ce dernier vit près de 35 ans en Amérique Latine ( en fuite sous divers pseudonymes, certes, mais avant tout au soleil) pour mourir d'une crise cardiaque durant une baignade… Un coup du Ciel en somme. Sa tombe retrouvée 6 ans plus tard, on identifiera ses restes qu'en 1995… Bref. La traque continue. Une manière continuelle d'essayer de réparer l'irréparable, le combat de plusieurs vies. Récemment, une histoire m'a particulièrement amenée à réfléchir de nouveau sur ce point : celle d'un ancien SS (Stosstrupp : équipe de choc), Werner, 88 ans.

Le vieil homme, charpentier et habitant de Cologne en Allemagne, est un ancien soldat. Retrouvé par le magazine allemand Bild, Il fait partie des 200 hommes impliqués dans le massacre de 642 hommes, femmes et enfants d'Oradour-sur-Glane, un village français du Limousin. J'annonce haut et fort que si c'était un homme à la Mengele ou Goebbels, bref un upgraded j'en serai ravie, je ferai un éloge aux services d'enquêtes, et je créerai un événement Facebook pour que l'homme n'aie aucune tombe. Humour noir passé, bien sûr la traque doit continuer, et bien sûr qu'un dossier doit être monté, l'historienne et l'humaine que je suis ne peut qu'applaudir et est prête à se battre pour que cette traque de la vérité continue. Enfin : bien sûr qu'on ne peut pas le croire sur parole. Mais cet homme de 88 ans était un soldat… Et cela me rappelle la chanson de Goldman : "Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt …aurais-je été meilleur ou pire que ces gens si j'avais été Allemand ?". Cela me rappelle aussi les millions de Russes morts pendant la seconde guerre mondiale, et qu'on oublie trop souvent, car "après tout ils étaient soldats, ils savaient à quoi s'en tenir"…

On ne peut rien pardonner à cet homme, mais pas plus que je ne peux pardonner à tous ceux qui ont commis des actes de délation, à tous ceux qui ont pris des armes pour défendre la haine et non la paix ou l'altruisme, à tous ceux qui ont souillé notre drapeau et l'humanité toute entière dans la honte. L'article du magazine allemand définit Werner comme un "criminel de guerre". Tous les soldats acceptant de tuer le sont alors. On pourrait énumérer le nombre d'horreurs, et d'erreurs, de guerre depuis la nuit des temps et aujourd'hui encore, de la part de soldats ou non d'ailleurs.

Avoir une haine, une horreur, une envie de vomir à la simple idée que les hauts dirigeants de l'Allemagne nazie, mais aussi de toute l'Europe et même des États-Unis, aient pu imaginer de telles monstruosités, aient pu imaginer et commettre de telles abominations, bien sûr. Faut-il juger tous les soldats ? Un dossier, une enquête, savoir la vérité, l'utiliser, l'apprendre, la faire apprendre aussi, d'accord. Mais je me pose tout de même la question, et à vous aussi, en toute sincérité, en toute neutralité.

Cet homme de 88 ans pleure aujourd'hui ? Oui bon,encore heureux(se), on ne va pas avoir de la peine ! Mais on peut réfléchir. A-t-il participé au massacre ? Oui, il était là. L'a-t-il fait de son plein gré ? A priori, non. Il aurait même tenté de faire s'échapper un enfant pour lui sauver la vie. Au fond de moi, celle qui souhaite croire qu'il lui aurait été possible d'être résistante, se dit " oui bon, mon gars c'est facile de dire ça 70 ans après". Mais pourquoi ne pas lui laisser le bénéfice du doute ? On l'a bien laissé à des Français qui prétendaient ne pas savoir ce qu'il se passait ou qui prétendent aujourd'hui ne pas faire partie des xénophobes d'alors.

A l'époque, ce Werner avait seulement 18 ans. Certes, ce n'était pas la même époque. Il explique que lui était à distance, et n'a pas été obligé de tirer : il ne l'a pas fait. Il aurait, comme dit précédemment, essayé de sauver un enfant du massacre. Quelque part en chemin il rappelle son jeune âge au moment des faits et l'obligation qu'il aurait eu de toute façon à "exécuter des ordres" (on en revient à l'éternel : mais sachant qu'on aurait pu tuer ta famille et qu'en deux secondes pour oui ou un non tu pouvais te faire tuer en pleine rue, tu aurais fait quoi ? On s'imagine toujours qu'on aurait dit non. On l'espère. On le sait au fond de nous, mais la situation, les faits nous montrent en partie qu'il est totalement impossible pour nous de comprendre cette abomination.)

Bien sûr qu'il faut enquêter, le juger pourquoi pas ? L'histoire le veut, et si on disait le contraire, les gens n'oseraient l'accepter. Mais selon des faits, après une vraie enquête. Et que fait-on des 200 autres ? Car quand bien même, l'homme n'était pas tout seul pour tuer 642 personnes, et n'oublions pas que l'on ne peut pas le juger sans les faits, sans connaître ses actes à l'époque et par la suite. Ce que j'aimerai savoir c'est ce qu'a fait cet homme ensuite : a-t-il combattu le nazisme ? A-t-il témoigné ? A-t-il vu un psy ? Est-il le meilleur élève de sa paroisse ? A-t-il eu une famille ? A-t-il été inculpé dans quelque affaire de violence ? A-t-il un passé ou un présent politique ? Lequel ? Dans quelles autres affaires de la Seconde Guerre Mondiale a-t-il été affilié ?

On ne va pas croire que le jeune soldat, entraîné et façonné pour " réfléchir SS" n'a rien fait : comment pourrait-on le croire sur simple parole aujourd'hui ? On peut être heureux que la justice fasse encore son travail et que ce combat ne s'arrête pas, ce combat pour l'histoire également, pour rappeler ce qu'on a laissé se produire, pour apprendre à nos enfants, leur faire comprendre surtout. Mais, avec nos connaissances, nos codes et nos valeurs actuelles, on ne devrait pas arrêter de réfléchir pour autant sur ce sujet.

 

Retrouvé, et certainement amené à être condamné l'homme , cité dans le Huffington Post répond comme suit à la question de sa réaction si il était condamné : "j'accepterais, je ne ferais pas appel, ou quoi que ce soit d’autre. Je suis à la disposition de la justice. Et si je suis innocenté, je considérerais que cela blanchit aussi mes camarades entraînés là-dedans. J’accepterai tout, j’en ai assez". Il se dit même "heureux qu’on en arrive aux faits" : " comme ça je pourrais enfin tirer un trait sur Oradour. De toute façon les cris, je les entendrai toujours en me réveillant la nuit".

Cette fin, si elle est vrai, me suffit. C'est ce que je souhaiterai à mon pire ennemi.

Mallo retourne l'Actu. Réflexions...

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