Retour à l’écriture. Retour case départ. Lettre à ceux qui auront désormais l’occasion de me lire.

Retour à l'écriture. Retour case départ. Lettre à ceux qui auront désormais l'occasion de me lire.

"Je les exhorterais à vivre la vie dans toute sa crudité, la prendre bravement à bras-le-corps, l'attaquer à poings nus." — John FANTE, Demande à la poussière, 1939.

Comme point de départ, une seule idée, une seule envie : vivre.

Hommage à Charb, à tous les autres crayon en main, à tous les autres… qui, eux, n'avaient même rien en main : "Plutôt mourir debout que vivre à genoux", est en réalité une citation qui revient à Emiliano Zapata, ce révolutionnaire mexicain qui se bat d'abord pour une juste et pacifiste répartition des terres dites "haciendas". Il mène une véritable révolution agricole (pour finalement décevoir par sa politique foncière, mais qu'à cela ne tienne, ce n'est pas le sujet). Ce petit moustachu né à la fin du 19e siècle, fusillé lors d'une invitation, un traquenard lâchement calculé, reste aujourd'hui une figure importante pour les Révolutionnaires du Sud américain. Bon pour la faire simple : s'il est peut-être moins charmant, il est à l'instar de feu Che Guevara, un véritable symbole. Celui d'un porte-parole – pourtant parti de rien ou presque – celui qui bouleverse l'opinion, la retourne, celui qui parvient à faire se lever un peuple, et le fait marcher.

Est-ce ce sentiment que pour exister, il faut : savoir perdre, ce que l'on perd, et prendre toute la mesure du risque de l'oubli ?

La seule chose que je sais – même s'il est fortement tentant de se la jouer Socrate avec " c'est que je ne sais rien " – c'est que l'écriture me définit. En fait, j'aimerais même aller plus loin : elle définit le monde. De par sa forme, son contenu, son existence, mais aussi, bien tristement : par son absence.

Elle fait vivre, vibrer, comprendre, rire, pleurer, elle dynamise le monde.

Dans mon cas, elle est aussi importante qu'une salle de cinéma vide, plongée dans le noir. J'en ai autant besoin que les planches d'un théâtre. Son manque revient à plonger dans l'abîme. A ne plus savoir où l'on est, qui l'on est, on l'on va, ce que l'on veut.

Quitte à suivre mes mots, autant jouer carte sur table avec vous.

Ecrire c'est révolutionner, mépriser, gueuler, aimer, viser juste, se mettre à nu, se rebeller, c'est prendre un risque. Des risques. Du risque du rejet de simples mots d'amour à la mort pour scander la vérité, le monde actuel dit qu'il n'y aurait qu'un pas. Alors on écrit. Parce qu'on peut. Parce que parfois c'est du baume à l'âme. Parce que les mots sont puissants. S'ils ne sont pas toujours bien pensant, les mots sont au moins plus puissants. Regardez ce monde s'affoler, s'entre-tuer pour des mots, écrits, dits, dessinés. Et ce, depuis l'éternité. A l'époque moderne, on en faisait déjà des pièces de théâtre : comble du comble, elles-mêmes censurées, ou évitant la censure de manière si subtile et provocatrice qu'elles ont bien du inspirer des Wolinsky, des Londres et des Camus.

Alors que le 7 janvier dernier tout le monde se réunissait, et ce qu'importe qu'ils aient ou non lu un Charlie Hebdo dans leur vie, qu'ils soient pour on contre la satire ou la provocation, l'ironie du sort veut qu'il y ait un mois de cela j'écrivais ce qui suit. Avec alors toujours cette envie de vivre, et comme point de départ : une évidence – nous mourrons tous un jour -, et une seule (nouvelle) règle : ne jamais dire non à quoi que ce soit.

Nous partons tous un jour. Avec nos regrets, notre histoire, nos amours, et nos larmes, sucrées et salées. Nos moments de joie, ceux que l'on essaie de donner, de procurer, de connaître le plus souvent possible jusqu'à l'indicible, car l'on se répète que c'est pour ces moments-là, eux-seuls, que la vie vaudrait d'être vécue.

Pourtant aujourd'hui, rares sont ceux dont le souvenir général approuve la réussite pour leur originalité, leurs causes défendues, leur vie abracadabrante.

Non, soyons honnêtes, bien souvent, celui qui réussit c'est celui qui a bien gagné, voire trop, celui qui construit une jolie famille. Oui, la réussite est là. Evidemment, puisque la plupart la jalouse ou l'envie.

Impossible d'être sûre : la faute au Roi Lion ? aux histoires de famille ? à cet exposé en CP sur les Poilus et la Grande Guerre – un pavé – ? Au journal d'Anne Frank et toute sa vie, enfant ? A cet amour de la Résistance ? A ce respect pour ceux de ma famille qui avaient vécu tout ça ? A ce respect, cette fierté d'avoir des parents qui ont tout donné, partis de rien ? Est-ce American History X, ou Le Cercle des Poètes disparus, regardés bien jeune, qui ont marqué le restant de ma vie ? Le bizutage, la jalousie, la colère, la perte ? Est-ce ton dernier regard qui me revient chaque 8 avril ? Est-ce la scène, la musique, tous ces mots ? Aucune idée.

Souvent à contre-courant, je m'amusais de ceux qui disaient de moi que j'étais une marginale. Pour moi c'était donner bien plus d'importance à mes mots ou mes actions, qu'ils n'en avaient. Non, un marginal, dans cette société, avait tout mon respect : pas forcément de l'attitude, ni de sa pensée, mon respect pour oser. Pourtant, de la part de ces gens, c'était plutôt un reproche. Fut un moment, où je me suis oubliée. Où j'ai failli laisser tomber cette personne.

Puis… Je prends ma plume et je t'emmerde.

Depuis bien longtemps, j'ai pris cette décision. Voir comme je l'entends, respirer ce que je préfère, aimer qui et comme je le veux, où je le veux. Non que cela ne m'ait jamais gênée, et non que je prodigue cette bonne parole à tous. Chacun est libre. There is the point.

Pas d'appartement propre, pas de véhicule, pas d'alliance. Assez de côté pour tenter durant un an, à partir de ce jour, d'être qui je suis, où je veux. De poursuivre mes rêves, qu'importe l'opinion.

Parce que cette magnifique réplique et sempiternelle question demeure : et donc tu travailles en ce moment ? Mais tu cherches ? Boh tu devrais peut-être laisser tomber tout ça, tu veux quand même une famille non ?

Et bien, non, pas vraiment tu vois.

La vie est trop courte. Je suis entourée de ceux que j'aime, mieux que jamais. Je suis plutôt bien lotie de ce côté-là. Donc qu'importe les aléas de la vie. Et les aléa, j'en ai vécu masse, donc tu peux y aller la vie, tu m'atteindras pas ma belle.

Un an. Pour tenter de réaliser. Pour lancer la balle. Mais attention, avec la patate hein. Sinon ça sert à rien.

Pour la première putain de fois depuis longtemps, une seule résolution pour 2015 : dire oui à tout ce qui irait en ce sens : les amis, on a la vie devant nous. Qu'importe l'avant, qu'importe la suite. Dire oui à tout. Sans détruire mes valeurs, sans détruire ma pensée, mon corps. Et oui, déception pour certains qui se sentiraient visés : pas de porno, donc. En revanche, si t'as un tournage, le "oui" serait de rigueur. Certainement impossible de rester plus de 10 min sans dégueuler, mais bon c'est le jeu ma pauvre Lucette. Pas de vote pour le FN non plus, mais si j'avais cette opportunité, je serai bien tentée de suivre leurs militants ou élus.

J'aime les gens. J'aime l'humain. Personne ne contrera ça. Essayez donc, mais je dois avouer que je suis imbattable à ce jeu-là. J'aime à laisser la discussion ouverte.

Oui au saut à l'élastique, oui au marathon, à l'amour, aux voyages en terres et destinations inconnues, oui à la vérité en temps de guerre, oui aux propos gênants, oui à la provocation, oui aux nouvelles languies, aux musiques méconnues.

Oui à la vie.

Parce qu'aujourd'hui, ne vous en déplaise, je lève mon verre, à toi, à toi, ou encore à toi. A ta vie parfaite, à ta vie de merde, à ta vie qu'on partage.

Je lève mon verre à la vie.


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