Si t’as rien compris à la crise du Donbass (Ukraine), on te fait un topo.

© REUTERS/MAXIMZEYEV
© REUTERS/MAXIMZEYEV

Vendredi 6 février, après sa conférence de presse, François Hollande quittait Paris pour Kiev (capitale de l'Ukraine). La chancelière allemande Angela Merkel et le Président de la République française s'y rendaient afin d'exposer aux autorités russes un projet de sortie de la crise ukrainienne.

Mais quelle crise ?

Non seulement les informations françaises ne révèlent que bien peu l'importance de la crise humanitaire qui fait rage en Ukraine, mais au lendemain des attentats qui ont heurté la France, les assauts menés par les pro-Russes à l'aéroport de Donetsk il y a un mois sont passés inaperçus.

En information, qui dit inaperçu dit inexistant.

Des noms compliqués qui ne disent rien, un Porotchenko quasi inconnu du grand public avant ces derniers mois et qu'on confond avec Korotchenko, des gens qui parlent encore de l'Ukraine russe… Or, tout le problème est là : l'Ukraine n'est plus censée être russe.

Alors si t'as rien compris à cette histoire de Donetsk, de républiques en Ukraine, de pro-russes et compagnie, on te refait un topo. Pas qu'une question de culture, mais une question d'humanité. Une question de guerre aussi. Et autant dire qu'aujourd'hui, une guerre avec la Russie ce n'est pas une mince affaire. Essayer de comprendre, ce ne serait donc pas du luxe pour la suite.

ETAPE 1 : L'UKRAINE KESAKO ?

Benh oui ça peut sembler bête, mais ce n'est pas si évident.

Au coeur de notre sujet : l'Ukraine, pays d'Europe de l'Est, partage ses frontières à l'est avec la Russie, et au sud avec la Crimée (dont l'appartenance à la Russie est contestée). Elle partage ses autres frontières avec la Pologne, la Biélorussie, la Moldavie (Cf. carte).

Le conflit trouve ses racines dans l'histoire même du pays : l'Ukraine n'obtient son indépendance qu'en 1917. Elle profite alors du retrait des Bolcheviks dans la Première guerre mondiale. Auparavant, elle n'existait pas. Son territoire était partagée entre les tsars (politique de russification), et l'empire austro-hongrois (partie minime).

A cette époque (1917), l'Ukraine est surtout étendue à l'est, sur une partie de l'actuelle Russie, mais aussi au sud aux abords de la mer noire. Déjà, elle est assaillie : en particulier par l'Allemagne et la Russie. Quand cette dernière devient URSS en 1922, l'Ukraine perd des territoires au nord (Biélorussie) et au sud.

Bref, qu'on se le dise de manière claire : depuis ses débuts, l'Ukraine fait l'objet d'une convoitise russe. Celle-ci ne se fait pas d'une manière tendre. La famine ukrainienne dont tout le monde parle ? Et bien c'est celle-ci : entre 1932 et 1933, les Bolcheviks mènent une campagne de russification par la faim. Entre 2,5 et 5 millions d'Ukrainiens sont victimes de la famine imposée. C'est ce qu'on appelle l'holodomor.

Pendant la Seconde guerre mondiale, l'Ukraine est envahie par l'Allemagne nazie, et, suite au pacte germano-soviétique (Hitler/Staline) elle se voit intégrée une partie de la Pologne à l'ouest de son territoire. En 1945, elle intègre également des territoires roumains et tchécoslovaques , qui seraient peuplés d'Ukrainiens (en réalité c'est une revanche de Staline, mais on en parlera un autre jour les enfants).

Bon elle se grouille à nous dire ce que ça devient aujourd'hui ?

On y arrive, on y arrive.

Guerre froide. Khrouchtchev (chef de l'URSS). 1954. Question de bonne publicité dans un climat pas hyper pro russe ni pro communiste, il accorde la Crimée, où stationne toujours la flotte russe à l'Ukraine. Oui c'est hyper important pour comprendre ce qu'il se passe aujourd'hui.

1991. Effondrement de l'URSS. La République d'Ukraine (puis Ukraine) devient indépendante, et prend Kiev pour capitale.

23 ans donc. Le pays, qui a connu différentes modifications de frontières, comprend bien sûr des familles de différentes origines. La preuve on y parle ukrainien, russe, hongrois et roumain. Un vrai mélange historique. Forcément, avec l'arrivée de l'Union Européenne, il y avait des risques. Et c'est là que ça se complique…

ETAPE 2 : QUE SE PASSE-T-IL DEPUIS…BIENTOT UN AN ?

La crise et ses étapes

=> Il y a un an le président ukrainien c'était Viktor IANOUKOVITCH (celui qui l'avait emporté contre la Première ministre Ioulia Tymochenko — mais si voyons, la blonde plutôt la tête sur les épaules, pour laquelle on demandait la libération dans une affaire de fraude franchement pas jolie).

Ce même président, que l'Ukraine attendait pourtant, renonce à un accord avec l'Union européenne et se met à bien discuter avec Moscou. Autant dire que ça ne plaît pas à tout le monde… mais que cela plaît à certains ukrainiens pro-russes. Ces Ukrainiens qui ne seraient pas contre l'idée de redevenir Russes en somme.

Kiev devient un champ de bataille. Premiers morts, il y a un an, le 11 février 2014, à Kiev. Toutes les tensions nationalistes du pays ressortent. Et s'exacerbent avec le temps.

Ianoukovitch est chassé. Il trouve refuge chez son copain Vladimir Poutine. Les manifestants ukrainiens découvrent son chez-lui, son train de vie impressionnant. Et saccagent le tout. Depuis, un mandat d'arrêt pour meurtres en masse (plus de 80 morts en une dizaine de jours) a été lancé contre lui.

=> C'est parti pour un nouveau président ukrainien : PETRO POROTCHENKO, en juin 2014.

Dès lors, c'est parti pour une crise encore plus féroce que celle qui avait déchue Viktor Ianoukovitch quelques mois plus tôt. En réalité, c'est son prolongement… et il est armé.

Entre temps, par des manières pas franchement reconnues à l'international, la Crimée proclame son rattachement à la Russie. C'est une annexion de la Russie sur la Crimée tant regrettée. Un joli coup de maître de Poutine qui profite du chaos ukrainien et de son gouvernement provisoire (on est en mars 2014).

Mais cela ne suffit pas, alors on grappille encore du terrain. Certains sont prêts à ce que l'Ukraine redevienne russe.

=> Alors que le nouveau gouvernement ukrainien se forme, deux républiques autonomes se forment dans le sud-est du pays, à la frontière russe.

La RPD (République du DONETSK) et la RPL (République du LOUGANSK). Des républiques populaires auto-proclamées, tombées aux mains des pro-russes par la force (et la force des choses).

En novembre dans la région du Donbass où se tiennent ces deux républiques, se mettent en place des élections (le 2 novembre). Les habitants des régions séparatistes sont appelés aux urnes pour élire présidents et parlements. Soutenues par Moscou, les élections sont déclarées illégales par Kiev.

Les résultats sont également contestés à l'international. Certains habitants n'ont pu aller aux urnes, des soldats braquant des armes voire des chars devant leurs maisons pour les en empêcher.

On retiendra ici un nom : celui d'Alexandre ZAKHARTCHENKO, élu premier ministre en août, qui devient vainqueur en RPD, véritable point de toutes les tensions. Le scrutin n'est pourtant validé que par une minorité de sénateurs d'extrême droite européenne.

Et à l'international, ça donne quoi ?

Le sommet du G20, qui s'était ouvert le 20 novembre, a pris des allures de guerre froide. Quelques jours plus tôt, c'est GORBATCHEV lui-même qui avertissait le monde entier, qu'une nouvelle cold war était à craindre. Quand le géant russe est présent, il ne lâche rien. Et aujourd'hui, le géant russe est partout. La chute du mur de Berlin, le morcellement et l'effondrement des pays communistes n'a pas arrêté l'entrain de Moscou, ni son idéal. Les capitalistes, vainqueurs, ont pensé un instant, et c'était déjà trop, qu'il suffisait que l'URSS tombe, pour que le fonctionnement russe aussi. Aujourd'hui, il est tout aussi puissant, voire plus, dans ses intérêts internationaux.

Au G20 à Brisbane, les échanges sont froids – sans jeu de mots.

La question ukrainienne est au coeur de toutes les préoccupations. On parle des bateaux militaires de Poutine qui le suivent, on parle de ceux en Crimée qui surveillent. A l'international on montre le président russe du doigt. Lui, qui nie toujours une quelconque influence sur la présence de militaires russes dans le Donbass.

Angela Merkel et François Hollande, sont effectivement ceux qui mènent la danse, dès le départ, dans les discussions houleuses. Il faut dire qu'en septembre 2014 un cessez-le-feu n'avait déjà pas été respecté (violé à plus de 2400 reprises selon l'OSCE). Et si l'UKRAINE est menacée, alors l'EUROPE aussi.

En France et ailleurs, au même moment, ça parle aussi de ces fameux porte-avions, le MISTRAL, commandé par Poutine à la FRANCE, coûtant des milliards d'euros à l'HEXAGONE qui se refuse de les livrer sans que la paix ne soit définitivement signée.

Au G20, l'ambiance est telle que la deuxième journée est raccourcie. Quant à Vladimir Poutine, il s'en va avant la fin.

ETAPE 3 : ET AUJOURD'HUI ?

Depuis, l'UKRAINE connaît une crise humanitaire sans précédents. Nouveau lieu de combat à retenir : DEBALTSEVE, entre Donetsk et Louhansk, les deux républiques auto-proclamées. Là-bas, on se livre à des combats de rue violents, on ne compte plus les morts. L'UE craint encore une guerre totale.

Un pont aérien (tiens, ça aussi ça rappelle la guerre froide) a été mis en place pour aider les Ukrainiens. Au total ce sont 85 tonnes de matériel de secours qui sont apportées par l'UE (sacs de couchage, tentes, couvertures, vêtements chauds…). On compte plus d'un million de personnes vulnérables sur place, qui auraient besoin de secours. Plus de 900 000 personnes ont déjà été déplacées hors des frontières menacées par cette crise.

Aujourd'hui, l'initiative franco-allemande tente de mettre fin au conflit, enchaînant les discussions avec POUTINE et POTROCHENKO. Aujourd'hui, ils sont rentrés quasiment bredouille. Les discussions vont reprendre dans quelques jours.

C'est un accord de terrain, plus qu'un simple accord de papier, que les autorités européennes recherchent. En vain ?

Carte situant l'Ukraine, la Crimée et la Russie aujourd'hui (2015).

Carte situant l'Ukraine, la Crimée et la Russie aujourd'hui (2015).


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