La Peste, bientôt la 1000e : Quand Francis Huster incarne la pensée Camus.

La Peste, bientôt la 1000e : Quand Francis Huster incarne la pensée Camus.

Albert Camus a dit : "le monde de l'artiste est celui de la contestation vivante et de la compréhension".

Le mur d'une station de métro qui porte le nom du journaliste et écrivain. L'affiche de la Transatlantique, un paquebot, le nom d'une ville : "Oran". Un graffiti "OAS, Algérie française"… Et un homme, Francis Huster, pour incarner à la perfection ce dit "monde de l'artiste", seul devant ce décor qui transporte le temps, qui raconte une histoire, celle d'un homme incroyable, et celle d'une pièce unique en son genre à l'époque comme aujourd'hui : La Peste.

Si le comédien rend hommage au journaliste, auteur et philosophe depuis 1989, plus que jamais sa manière de raconter à travers différents personnages La Peste, fait r(é)aisonner les propos de Camus.

Plus que jamais, il fait vivre toutes les nuances, les couleurs, les idées et réflexions portées par ce texte.

Plus que jamais, il est cette contestation vivante.

Et, plus que jamais, dans notre monde actuel, il nous la fait comprendre.

 

Depuis plus de vingt ans, Francis Huster porte le texte de ce récit dans une adaptation aussi originale que singulière, jouant tous les protagonistes avec énergie, condensant l’ouvrage en 1h30, sans une seule goutte d’eau, et rien que cela, ça s’applaudit.

Mieux encore, il parvient avec une réelle intelligence à faire ressortir de tous ses mots le juste portrait d’Albert Camus, à la fois sincère et engagé. Au-delà de la pièce, il fait comprendre l’homme et son époque… qui trouve un drôle d’écho à la nôtre. Car la subtilité de la Peste, à ceux qui ne l’auraient pas saisie, Francis Huster la fait vibrer. 

 

Publié en 1947 (par ailleurs, année de naissance du comédien et metteur en scène), l’ouvrage fait partie des oeuvres qui vaudront un prix nobel à Albert Camus en 1957. C’est son cycle de la révolte : on commence par La Peste, puis l’Homme révolté et enfin, Les Justes. Un cycle de réflexions, d’émotions qui nous rappellent à notre propre histoire, des guerres que nous n’avons pas vécues et de ce qu’elles peuvent nous apporter pour construire un futur, aux déboires, à la politique, aux décisions et aux évènements parfois tragiques que le monde connaît encore aujourd’hui, sous d’autres formes, mais toujours sur le même fond.

 

Oran, avril, années 40. La ville est frappée par une épidémie de peste. Les habitants sont coupés du monde extérieur. Le médecin Bernard Rieux – qui s’avère finalement être le narrateur – se bat contre le fléau jusqu’à la fin. Ses rencontres et celles des autres personnages, leurs histoires assemblées, croisées, mettent en évidence les différents comportements face au mal.

Allégorie de la montée du nazisme, le récit, en la personne de Rieux, montre l’humanisme face à l’irraisonné. C’est le combat contre l’injustice, contre l’absurde. 

Ce texte en particulier mérite une remise en contexte, qu’on lui donne quelques pistes pour une meilleure compréhension, pour une première approche. On salue ici le travail de Francis Huster sur ce point, qui, avant même de commencer  » sa lecture  » qui n’en en est pas une, remet les choses à leur place, raconte et explique comme il se doit cet homme, son travail, son histoire. Mieux qu’un cours, cette version scénique est un electro-choc pour quiconque n’a jamais lu          La Peste, ou au contraire, l’a adorée dans toute sa complexité. Le comédien incarne non seulement les questions du courage et de la culpabilité posée par le texte, mais par son jeu des différents personnages et leurs sentiments mis en exergue – entre les résistants et ceux qui n’osent accepter l’idée qu’une telle horreur puisse survenir, le déni ou encore la résignation, la lutte des uns et le profit des autres – il transpose une vérité universelle, une réflexion sur l’existence même.

 

« La presse, si bavarde dans l’affaire des rats, ne parlait plus de rien.

C’est que les rats meurent dans la rue et les hommes dans leur chambre.

Et les journaux ne s’occupent que de la rue.« 

Albert Camus, La Peste, 1947.

 

Le manque de réaction face à l’inconnu, une administration inadaptée à la réalité, le fléau amène l’homme à tout repenser, à dévoiler sa propre vérité, sa nature, à sa fragilité. A l’heure où la vérité fait peur, où tenir un crayon peut être une arme, l’hommage de Francis Huster n’est pas que prenant : il est beau, intelligent, réfléchi, convaincant. Il est porteur d’une voix que l’on pensait perdue un bref instant. La Peste parle encore. Le message de Camus retentit au théâtre des Mathurins. Ayez le courage et l’intérêt de l’entendre, il est tellement beau.

C’est prenant, percutant, émouvant.

Croyez-moi, vous ne verrez pas les secondes passer. Alors allez-y, le théâtre des Mathurins a ajouté une trentaine de dates pour l’été, et c’est bientôt fini. Le 31 août fêtera la 1000e représentation de cette formidable interprétation et mise en scène. Il y a même encore des places en promo, ici.

Vous repartirez avec cette étrange impression d’avoir la tête pleine de mille réflexions, mais aussi de courage et d’amour.

 

******

« Et Rieux (…) pensait qu’il était juste que de temps en temps au moins, la joie vînt récompenser ceux qui se suffisent de l’homme et de son pauvre et terrible Amour »

Albert Camus, La Peste, 1947.

 

 

THÉÂTRE DES MATHURINS

36 rue des Mathurins
75008 PARIS

 

Le lundi à 19h00 et 21h00
Du mardi au samedi à 19h00
Le dimanche à 15h00 et 19h00 

 

 

 


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