Ada (Lovelace) Week #1 : Et la Comtesse prophétisa le premier programme informatique

Portrait d'Ada Lovelace à côté des prémices de la machine analytique de Babbage, à laquelle elle contribua largement.

Portrait d'Ada Lovelace à côté des prémices de la machine analytique de Babbage, à laquelle elle contribua largement.

     Dès qu’il s’agit de prestige ou de pouvoir, l’Histoire et les puissants en ont bien souvent éloigné les femmes. Pourtant si c’est à un homme que l’on doit la conception du premier « ordinateur », c’est bien à une femme que l’on doit celle des diagrammes propres au fonctionnement de cette machine, et plus encore, au premier programme informatique.

 

D’ « Oubliée » de l’Histoire à « Modèle pour la science »,

une histoire toujours controversée

Complètement oubliée au siècle dernier, parfois reléguée à un rôle minime, voire complètement évincée des travaux que ses idées ont pu inspirer, Ada Lovelace (1815-1852) – de son vrai nom Augusta Ada King née Byron – est devenue au cours des dernières années une vraie fierté britannique. Ses notes ont même servi à Alan Turing, et ça aussi les hommes ont longtemps préféré l’occulter. Peu connue en France (il faut voir le peu d’articles édités pour l’Ada Lovelace Day), cette comtesse passionnée de sciences commence à recevoir les hommages et la reconnaissance qu’elle mérite. Il faut dire qu’elle inspire, et à une époque où le nombre de femmes dans le milieu informatique est minime, stagnant ou diminuant selon les pays, un tel modèle féminin ça ne se refuse pas.

100 ans de silence. Et les stéréotypes continuent toujours sur son cas : son collaborateur, grand visionnaire de l’informatique, lui aurait attribué une partie de ses travaux tantôt en homme galant, tantôt en homme séduit qui aurait voulu plaire à sa muse ; propos plus genré encore, les jaloux diront qu’elle n’a fait qu’apporter de la poésie dans les maths. Il est vrai qu’Ada Lovelace est d’abord fille du cèlèbre poète Lord Byron, et qu’il fallait certainement une intelligence d’esprit que seule la poésie confère pour imaginer le mélange d’idées à l’origine du premier programme. Cependant, non seulement elle n’a finalement jamais connu son père (sa mère est partie avec elle alors qu’elle était enfant), force est tout simplement de constater que Lady Lovelace est un symbole d’excellence, à l’origine du joujou informatique dont vous ne pouvez plus vous passer aujourd’hui.

 

Une pionnière à l’heure où la science était l’apanage des hommes

Mieux encore : on doit le premier programme informatique, et la prophétie de sa réalisation, à une femme issue d’une société qui réservait la science aux hommes. Car ce qui nous plaît avant tout chez Ada c’est sa participation au progrès, à une époque où la science était une sorte de  » no go zone  » pour les femmes. Là-dessus, notre pionnière de l’informatique a eu un peu de chance : sa mère ne veut pas qu’elle soit une simple épouse – contrairement à bon nombre de femmes à la même époque – et assure à sa fille un enseignement poussé en sciences et mathématiques (par rejet également de l’univers du paternel d’Ada) ; et, plus tard, son mari, Henry King, futur comte de Lovelace dont elle prit le titre, ne l’empêcha ni d’étudier, ni de travailler à sa passion. Lui aussi est un scientifique amateur. Il travaille un temps sur l’influence de la lune sur les plantes. Elle, utilise son corps comme laboratoire. N’ayant pas les moyens d’expérimenter ses théories sur le système nerveux et met son corps à disposition de la pratique en vogue, le mesmérisme (magnétisme animal) qui aurait inspiré Mary Shelley à écrire son célèbre Frankenstein. Une vraie férue de science, avec, oui, la poésie dans la peau. Imaginaire et Science : elle souhaite pouvoir conjuger les deux et elle est douée.

À seulement 17 ans, elle travaille avec sa tutrice, la formidable Mary Sommerville, elle aussi scientifique dans un monde d’hommes et renommée au XIXe siècle. C’est Mary qui est à l’origine d’une rencontre qui transforme la vie d’Ada : celle avec le mathématicien Charles Babbage.

On dit qu’il est le père des ordinateurs modernes. Durant plus de dix ans, ces deux génies correspondent. Grâce à la résolution d’un algorithme qu’elle publie (et qui porte son nom, Lady Ada), elle permet par exemple le fonctionnement de la machine à différences de Babbage, qui la fascine complètement. Plus tard, quand Ada décide d’aider Babbage dans une nouvelle tâche,  sa 2e machine, il veille en personne à lui conseiller un nouveau tuteur, Auguste de Morgan, qui pense que « le moteur de l’invention n’est pas le raisonnement mais l’imagination« . Une idée qui nous semble correspondre à ce qui fait aujourd’hui la renommée d’Ada Lovelace.

 

L’Enchanteresse des nombres 

Depuis 1812, Charles Babbage, a dans l’idée de concevoir une machine qui pourrait produire de manière tout à fait exacte des tables de calculs mathématiques, nautiques, et même astronomiques afin de pallier les défaillances dues à l’erreur humaine. Il faut dire que les erreurs de calcul causent de nombreux accidents en ces débuts de l’ère industrielle.

C’est là que sa correspondance avec Ada devient primordiale dans notre histoire. Il lui présente sa machine analytique. Notre comtesse des maths se fait ainsi surtout reconnaître en traduisant un article de l’Italien Luis Menabrea sur la dite machine, rédigé en 1842 après un séminaire. Elle triple le volume de l’article en l’agrémentant de ses notes, commentaires et idées.

C’est là que la visionnaire invente le premier programme informatique, en entrevoyant là l’universalité d’une telle machine. Celle que Babbage voit comme  » l’enchanteresse des nombres » et qu’il cite dans ses compte-rendus depuis 1842, travaille des mois et des mois durant, tentant de concilier sa vie de mère et épouse (elle a trois enfants), s’arrêtant parfois pour sa santé. Son travail porte ses fruits : elle entrevoit et décrit certaines possibilités offertes par les calculateurs, et va ainsi bien au-delà de ce qu’imaginait Babbage à l’époque. 

Alors en quoi Ada Lovelace invente le premier programme ? Déjà parce qu’elle invente ainsi le premier algorithme qui peut être effectué par une machine. Mais surtout, elle comprend et perçoit la possibilité pour la machine de ne pas utiliser que des nombres, mais aussi des lettres et des symboles. Elle donne ainsi jour à un algorithme qui permet de faire exécuter des ordres à la machine pour qu’elle réponde à d’autres pratiques que le seul calcul numérique. Elle formule même l’hypothèse que la machine pourrait écrire la musique, dessiner des graphiques.                

Mieux encore, elle imagine une machine qui orienterait l’évolution scientifique, mais combat l’idée d’une machine pensante qui effraie déjà ses contemporains :

 

 » La machine analytique n’a nullement la prétention de créer quelque chose par elle-même. Elle peut exécuter tout ce que nous saurons lui ordonner d’exécuter. Elle peut suivre une analyse ; mais elle n’a pas la faculté d’imaginer des relations analytiques ou des vérités. Son rôle est de nous aider à effectuer ce que nous savons déjà dominer.« 

 

Si cette machine ne peut alors être complètement réalisée faute de moyens techniques, Ada Lovelace y dédie sa courte existence. Elle joue, et s’endette à vouloir financer cette fameuse machine, cette ébauche du principe du premier ordinateur énoncé par Babbage.

Longtemps oubliée, Ada Lovelace est pourtant la première personne de l’Histoire à avoir clairement identifié des notions devenues aujourd’hui essentielles dans l’informatique : l’unité centrale (le moulin), la mémoire stockant les résultats intermédiaires,les cartes contenant les données et instructions (les entrées), mais aussi le concept de boucle connu en programmation.

Qu’on ne vienne plus nous dire que la Comtesse de l’Informatique n’est pas à l’origine du premier programme informatique.

 

Ada Lovelace meurt à seulement 36 ans, le 27 novembre 1852, d’un cancer de l’utérus et d’une saignée à mort de ses médecins.

Aujourd’hui, son souvenir perdure avec le langage de programmation nommé en son honneur : ADA, développé au début des années 80 et d’abord conçu par le service de Défense des Etats-Unis d’Amérique. 

 

***

La Machine Analytique n’a nullement la prétention de créer quelque chose par elle-même. Elle peut exécuter tout ce que nous saurons lui ordonner d’exécuter. Elle peut suivre une analyse ; mais elle n’a pas la faculté d’imaginer des relations analytiques ou des vérités. Son rôle est de nous aider à effectuer ce que nous savons déjà dominer.
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