Sexe neutre #1 – Petit rappel historique

On parle beaucoup du sexe « neutre »ces temps-ci. C’était l’un de mes thèmes de prédilection lors de mes études en recherche, alors puisque je pensais me pencher un peu plus souvent sur les questions de genre au sein de ce blog, je me suis dit que la question de l’hermaphrodisme et du 3e sexe, étant d’actualité, serait un bon moyen de commencer ce nouveau chapitre.

Les faits : Le 20 août dernier à Tours, le tribunal de grande instance a ordonné la modification de l’acte de naissance d’une personne intersexuée, d’abord enregistrée comme étant de sexe masculin. 

Pour info, en France par exemple, jusqu’aujourd’hui, question Etat-Civil des hermaphrodites on a vu au cours de l’histoire : la rectification dans la marge (simple et efficace hein), de manière exceptionnelle des actes de naissance où « le sexe n’a pas pu être déterminé » de suite. Mieux encore, et c’est là que Tours n’invente finalement pas grand chose même si son choix est historique car « définitif », il y a déjà eu des actes de naissance avec inscrit  » SD  » : aucun sexe défini jusqu’à la puberté, où le tribunal définissait alors le sexe officiellement.

La question de l’hermaphrodisme passionne autant qu’elle interroge depuis des siècles. Elle connut une véritable évolution au cours du XIXe siècle. 

Au Moyen-Age déjà, ils étaient lapidés, brûlés. A l’époque moderne le discours change un peu, l’hermaphrodisme n’est plus condamnable mais, et le mais est assez redoutable : on se doit de décider définitivement de son sexe et adopter le mode de vie et la sexualité qui y sont attribués selon les normes sociales définies et codifiées de l’époque.

Au cours du XVIIIe siècle, et plus encore au XIX, le discours et la compréhension de l’hermaphrodisme connaît une importance évolution (avec une reconnaissance que  » la nature  » les a ainsi dotés dans un article de l’Encyclopédie). Les médecins observent ainsi les organes génitaux dans le but de distribuer eux-mêmes le sexe de l’enfant. Le choix se fait alors en fonction des gonades trouvés… Ce n’est que bien plus tard que le choix du sexe se fait en fonction du genre, de la manière dont l’enfant a été enlevé etc… 

Ici, ce qui nous intéresse c’est le XIXe siècle qui instaura des « normes » civiles. C’était presqu’une une vraie psychose dans la société : il fallait encore et toujours classer. Dès le 18e siècle, on met en place la carte d’identité et les passeports. La dichotomie sexuelle qui y est proposée (choix : sexe féminin, sexe masculin) naît alors. Le 19e siècle ne fait que matérialiser juridiquement les théories médicales et les stéréotypes, avec l’attitude très genrée (c’est un euphémisme) du Code Civil de 1804. À cette époque, les médecins sont rois. Ils sont puissants dans la société, et leur écho est important. C’est eux qui imposent les normes biologiques, physiques, mais aussi sexuelles. Or, pour eux, les hermaphrodites sont vus comme inclassables, donc des monstruosités de la nature (ce sera notre #2 prochainement, alors stay tuned & focus). 

Au cours du siècle, on ré-humanise un peu les hermaphrodites. Le milieu médical commence à prendre conscience de la souffrance des hermaphrodites, des conséquences psychologiques. 

Quoiqu’il en soit, ce qui gêne à l’époque, qu’on se le dise : c’est que les hermaphrodites représentent un défi pour l’organisation sociale. Ils transgressent alors les frontières homme / femme, et ça chamboule toute cette classification. Psychose je vous disais. Et oui, parce qu’à l’époque (certains diront que ça n’a pas tant changé, mais heureusement si, tout de même hein) : à un sexe biologique correspond des droits. C’est pas rangé ni rangeable, ça emmerde quoi. Les esprits sont déjà alors un peu étriqués. Certains pourtant sont déjà assez intelligents pour parler de 3e sexe. 

Et c’est là qu’on se fait le plaisir de vous partager cette pépite : en 1891 pourtant, voici ce qu’écrivait déjà Ch. Debierre professeur à la faculté de médecine de Lille, inspiré par les travaux d’Alexandre Lacassagne, premier à effectuer des travaux sur la question de l’hermaphrodisme en reconnaissant là déjà l’existence d’un 3e sexe en 1886 ! Et oui, on ne l’a pas inventée au XXIe siècle cette idée. On vous laisse lire le point 4 ci-dessous, et lire l’oeuvre ici. On dit merci qui ? Merci Debierre ! Puisses-tu inspirer encore aujourd’hui ! 

Sexe neutre #1 - Petit rappel historique

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