Vivre pour l’Art : coup d’oeil sur la nouvelle expo de la fondation Pierre Bergé / YSL

Des masques africains et du Picasso, du Warhol et du Goya, du marbre romain et du Pierre Legrain, non, vous n’êtes pas dans le musée imaginaire de mes rêves, vous êtes chez Jacques Doucet au début du XXe siècle, puis chez Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, près de cinquante ans plus tard.

La mise en parallèle de leurs collections vous est proposée dès aujourd’hui par la fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent à Paris.

 

Photographie prise lors du vernissage / © Culture Access / © ANDY WARHOL, Portraits d'Yves Saint Laurent, sérigraphie sur toile, 1972. Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, Paris. Ancienne collection YSL - PB / Exposition Vivre pour l'art / 14 Octobre 2015
Photographie prise lors du vernissage / © Culture Access / © ANDY WARHOL, Portraits d’Yves Saint Laurent, sérigraphie sur toile, 1972. Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris. Ancienne collection YSL – PB / Exposition Vivre pour l’art / 14 Octobre 2015

On a été au vernissage, on a trouvé ça captivant, alors on vous en touche un mot.

Deux couturiers, deux collectionneurs à la recherche de l’espace parfait.

Deux génies qui composent subtilement par amour de l’art, de son esthétisme comme de l’histoire qu’il raconte et qu’ils désirent partager.

Ils ont pensé leur intérieur comme une oeuvre d’art. Aujourd’hui, la scénographie de Nathalie Crinière et le décor de Jacques Grange y font hommage. Grâce à eux, on se promène ainsi dans les intérieurs de la rue Saint-James, à Neuilly-sur-Seine en 1928, puis rue de Babylon, un demi siècle plus tard dans l’appartement d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, pour qui le premier, Jacques Doucet, est une véritable référence. Ce n’est donc pas un hasard si la visite commence par un trois pièces assez coloré de Jacques Doucet : grand couturier (il habillait Sarah Bernhardt ou encore Otéro), bibliophile (on peut d’ailleurs admirer un pan de sa riche bibliothèque au début de l’exposition), et grand mécène. Très moderne, il aime stimuler les jeunes artistes et designers, les influence. Son appartement devient un musée où les formes font vivre le lieu, et non l’inverse. Un projet ambitieux et presqu’impertinent à l’époque. Visionnaire, il se sépare d’oeuvres classiques pour laisser place à la modernité qu’il défend. On découvre ici son studio-musée composé de talents en herbe, et finalement on se demande s’il n’a fait que devancer la mode ou s’il l’a lancée. Pour la première fois, des images du décor du studio St James prises lors du vivant de Doucet sont exposées. Tout est création. Des arts « premiers », mais aussi du Modigliani, du Picasso, du Matisse… autant d’artistes encore incompris au début du siècle dernier. Tout comme Yves Saint Laurent après lui, il ose les faire cohabiter. Et on vous l’explique plus loin : c’est du pur génie et une véritable réflexion artistique.

Petite anecdote révélatrice au coeur de l’expo : en 1972, une mise en vente de sa collection art déco a lieu. Impossible pour les amoureux de l’art P.Bergé et YSL de ne pas en profiter. Trois oeuvres figurent ainsi successivement dans les maisons des deux maîtres qui croisent, influencent et transmettent l’art.

 

Au détour d’un superbe Warhol de 4 portraits représentants YSL (photo ci-dessus), d’un masque, et d’une statuette à trois visages, on pénètre dans l’entre du génie de la mode et du mélange des genres. On retrouve l’amour pour l’Afrique d’YSL, et une collection d’une exigence incroyable. Pierre Bergé raconte que l’accroche était dévolue à Yves et « son oeil exceptionnel, absolu » (Cf le livre de Laure ADLER, Pierre Bergé, Yves Saint Laurent, Histoire de notre collection de tableaux).

À moins de lire un peu avant, ou de vous procurer l’ouvrage de l’exposition, vous n’en saurez pas plus sur l’histoire de la collection en elle-même, aucune anecdote sur le pourquoi du comment, ni sur la relation des deux amoureux et collectionneurs. On a toutefois aimé apprendre au détour du livre de l’exposition, le bonheur et la surprise d’YSL lorsqu’il a découvert le Goya offert par Pierre Bergé dans son salon. Ça le fait revivre, on trouve ça d’autant plus beau. Mais ce n’est pas forcément le but de l‘exposition, et elle fait bien plus fort : vous entrez dans l’intimité par ce qu’elle lia au plus fort les deux esprits, vous entrez dans l’amour par celui de l’art, par la manière dont Pierre Bergé et YSL ont imaginé ces espaces. On découvre leur univers, leur vision de l’art, par l’univers qu’ils ont créé, imaginant ces objets se côtoyer dans leur grand salon, une vraie jungle laquée, ou encore dans leur salon de musique.

Ce n’est pas qu’une simple collection, un amas d’objets d’arts, c’est un nouveau moyen de créer. Toutes ces oeuvres sont liées. Le dialogue ainsi créé est subjuguant. On est entre audace et tradition. Un des meilleurs exemples pour nous reste peut-être Le profil noir de P. Léger : à la fois moderne par son thème et sa structure, mais traditionnel par le choix de l’huile sur toile. L’intérieur d’YSL serait je pense à cette image. Et puis, c’est pour dire, on a eu un coup de coeur pour le Warhol et le tabouret Pierre Legrain chez YSL, pour le bronze Constantin Brancusi, et l’Idylle Francis Picabia chez Doucet. Deux types d’oeuvres pourtant différents, et qu’on ne peut voir qu’avec un oeil nouveau aujourd’hui.

L’exposition est intelligente. Elle est pédagogique. Si elle n’est pas documentée en son sein*, c’est parce qu’elle explique à travers la mise en lumière et la position, côte à côté, des ensembles de la même manière qu’YSL et Doucet ont pu concevoir leurs collections et leurs liens. Mettre face à face de l’art africain et du cubisme ? C’est d’une pertinence et d’une intelligence qu’on a envie de souligner.

Vivre pour l’Art souligne les correspondances et les dialogues des différents arts et des cultures. Elle est vivante, hybride, luxueuse, sublime, intime et modeste à la fois. L’intelligence de leurs anciens propriétaires n’a pas besoin qu’on en ajoute des tonnes, et ça, ça nous plaît. Pas de fioritures mais du vrai, et du beau. 

On aime : l’atmosphère, l’imaginaire, la façon dont ces créateurs et leur intimité se retrouvent dans chaque oeuvre, chaque objet, mais aussi les assemblages heureux et les dialogues ainsi créés entre nos oeuvres préférées.

Tout comme Jacques Doucet puis Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, l’exposition nous laisse observer l’alliage audacieux d’un plaisir et de la recherche intellectuelle.

 

Informations :  Jacques Doucet / Yves Saint Laurent : Vivre pour l'Art À la Fondation Pierre Bergé, 5 avenue Marceau, métro Alma-Marceau Du 15 octobre 2015 au 14 février 2016 Tarifs : 7 (plein), 5 (réduit) Tous les jours sauf lundi, 11h-18h  Les + : - * Pas d'histoire sur les murs, mais vous pouvez télécharger gratuitement l'application de l'expo ici . - La Fondation PB YSL organise toujours autour de ses expositions des rencontres.  RDV sur le site internet pour en savoir plus sur leurs 5 conférences, comme "YSL, l'art de collectionner" le 3 novembre, ou encore "La conception du chef d'oeuvre dans les collections de peinture d'Yves Saint Laurent et de Jacques Doucet" le jeudi 7 janvier 2016.

 

 

 

 

 

Jacques Doucet / Yves Saint Laurent : Vivre pour l’Art
À la Fondation Pierre Bergé, 5 avenue Marceau, métro Alma-Marceau
Du 15 octobre 2015 au 14 février 2016
Tarifs : 7 (plein), 5 (réduit)
Tous les jours sauf lundi, 11h-18h 

En savoir plus sur http://www.sortiraparis.com/arts-culture/exposition/articles/97082-jacques-doucet-yves-saint-laurent-vivre-pour-l-art-a-la-fondation-pierre-berge#rKVfhqrlJB2smMmW.99


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