Assez de ce débat stérile sur notre photo de profil aux couleurs du drapeau français

Assez de ce débat stérile sur notre photo de profil aux couleurs du drapeau français

Parce que la France c’est à nous de la dessiner et de lui donner ses couleurs. C’est à nous de lui donner la définition que l’on désire défendre.

 

Comme vous l’avez remarqué, et comme je l’ai indiqué, depuis samedi je ne partage plus que l’information sur notre page Facebook.

Aujourd’hui, j’écrivais enfin ma lettre à l’intention des talibans. J’avais enfin les mots.

Et puis j’ai vu un article partagé. Donc j’ai changé mes plans.

 

 

Parce que j’en ai assez de ce débat stérile qui nous éloigne du vrai, sur notre choix de photo de profil aux couleurs du drapeau français.

 

Commençons par le début : pourquoi on n’a pas eu les mêmes réactions pour le Liban ?

Déjà : ce n’est pas vrai. Ce n’est pas parce que VOUS n’avez pas eu de réaction que le reste du monde n’a pas partagé, réfléchi ou pleuré sur le cas du Liban. Un double attentat-suicide, 44 morts, 239 blessés. Un carnage, un choc, et beaucoup d’émotions. Intéressée ou non, la presse en a parlé, assez peu en réalité. L’attentat est survenu jeudi sur le sol libanais.

Quand le vendredi soir les fusillades ont éclaté sur notre sol, à l’heure où on n’en savait pas beaucoup plus sur l’attentat au Liban, tout le monde s’est concentré sur le drame qui se déroulait devant nos yeux.

Si apparemment on n’a pas eu les mêmes réactions sur les attentats dans un quartier de la Dahyé au sud de Beyruth (et ceux qui critiquent le fait qu’on ne s’y intéresse pas seraient priés de savoir au moins ce qu’il s’est déroulé) et bien mes chers amis c’est effectivement que les médias n’en ont pas fait un tas d’articles. Et oui, c’est regrettable, je le soutiens. C’est tout aussi dommage qu’il n’y en ait pas eu plus pour les étudiants au Kenya si vous voulez mon avis. Mais apparemment, on ne doit se concentrer que sur cette comparaison.

 

Aujourd’hui des journaux en ligne dont j’apprécie d’ordinaire la ligne éditoriale et l’éthique questionnent notre ethno-centrisme sous prétexte qu’on afficherait ou non notre drapeau français en photo de profil Facebook. Le problème c’est que ces mêmes journaux, le jour de l’attentat au Liban n’ont attribué qu’un seul article à l’attentat. Un seul. Et ce n’est pas un reproche. Peu de médias nous ont donné plusieurs informations. On s’y attarde un moment, et puis on passe au buzz, au sujet d’actualité internationale pour lequel les gens s’intéressent le plus comme Gaza et Israël car ils savent que cela ça vous intéresse. Alors pourquoi les gens n’en ont pas parlé ? Pourquoi ceux qui critiquent tout ceci n’ont pas affiché grand chose sur Beyrouth ?

Parce que mes amis ceux qui cliquent sur les articles, ceux qui achètent les journaux, ceux qui zappent sur les chaînes : c’est vous. C’est vous qui décidez malheureusement de ce qui se vend ou non. Ces journaux sont, business is business, ethnocentriques eux-mêmes.

Dans nos études dans les médias, on réfléchit aux constructions des journaux (tv, radio, papier, web…). Selon l’actualité la plus chaude, la Une se construit. Mais ainsi va la vie, les gens veulent savoir ce qu’il se passe dans leur propre pays, c’est un droit et un devoir de les en informer et de les informer de ce qu’il se passe, non sans conséquences, dans le reste du monde. Mais, force est de constater que, sauf grand évènement, bien souvent, l’actualité française est ainsi plus partagée ou communiquée en France, de même que l’actualité anglaise en Angleterre, etc… C’est un fait, et tout le monde le sait. C’est pour ça qu’on spécifie qu’une presse fait office de quotidien national ou non.

Depuis ces dernières remarques sur ce manque d’informations concernant le Liban, sur ce manque d’intérêt, ces mêmes médias s’ébranlent sur notre cas français, et ne s’adonnent à parler du Liban qu’en comparaison avec les attentats sur notre sol et sur les choix de Facebook (de la photo de profil au SafetyCheck). Croyez-moi ça ne vaut pas mieux. C’est tout aussi regrettable. Le Liban mérite une vraie information, de vraies recherches. Parler du Liban seulement via un article qui parlerait de Safety Check ce n’est pas vraiment du respect envers leur actualité.

 

Donc : de l’ethnocentrisme, vraiment ? Mon drapeau français, quand bien même il nous correspondrait encore ou non là n’est pas la question, a été trop longtemps volé par le FN et des groupes extrémistes. Il n’est pourtant pas l’apanage d’un parti politique. La cocarde tricolore existe depuis 1789 et a traversé tous les partis, toutes les monarchies et républiques jusqu’à devenir un symbole adopté par notre constitution en 1958. Il fait partie intégrante de notre histoire. Et notre histoire elle est plurielle, multiple et liée à celle du monde, des autres pays. Notre histoire, avec ses erreurs, je défends son apprentissage, je l’aime et j’aime à l’apprendre. J’aime à en tirer les conséquences. J’aime replonger dedans pour tenter de comprendre, de faire les justes connexions.

 

Ce symbole de notre citoyenneté, on peut très bien ne pas l’afficher mais, si on peut réfléchir dessus ou sa prise en otage par les extrêmes, on ne peut pas le rejeter tout en voulant être citoyen.

 

 

Aujourd’hui il faudrait croire qu’on est tous unis. Comme le 7 ou le 11 janvier derniers. Les choses ont prouvé que malheureusement les gens ne sont pas trop ethno-centrés mais trop égo-centrés et retournent vite à leurs besognes – ce n’est pas un mal, c’est la vie et aujourd’hui plus que jamais on la défend cette vie et on se doit de la défendre. Mais très vite, les gens oublient. Alors non, mon drapeau français ne fait pas de moi une impérialiste, ne fait pas de moi quelqu’un de ne pas assez ouvert, ne fait pas de moi une facho. Il faudrait être bien mal me connaître pour le penser. Bien sûr que certains se font un plaisir avec ce drapeau français. Comme ils l’ont déjà fait par le passé. Mais mettre tout le monde dans le même sac, c’est risquer d’être aussi ignorant que les plus dévastateurs. C’est drôle de voir que ceux qui appellent au rassemblement, préfèrent finalement les clivages et attribuer une pensée unique à tous ceux qui n’ont vu ce geste que comme un hommage, sans aucun mal. Et quand bien même certains montreraient que ce geste n’est pas le bon, cela n’enlèvera jamais en rien la pensée initiale des citoyens qui ont fait ce choix dans un élan de solidarité et d’affirmation.

 

Mon drapeau, si j’ai envie de l’afficher, je l’affiche. Si pour moi il signifie un moment d’union, si pour moi il affiche aussi une volonté pour une fois de montrer que « oaw, les Français aiment le peuple français en fait » et bien tant mieux. Attention n’allons pas prétendre pour autant que nous sommes des Bisounours. Ce n’est pas vrai. La réalité quotidienne le montre. Mais nous avons ce besoin d’être unis, de croire, d’espérer, de tendre la main. Car heureusement, ce sentiment humaniste, et ça nous rassure, on se rend compte qu’il est bien présent à l’heure où on aurait pu penser parfois qu’il était perdu.

 

On ne devrait pas avoir honte de notre drapeau, on ne devrait pas avoir honte que des millions de personnes se joignent à notre peine. Ces mêmes personnes se joignent tout comme mes amis et moi, tout comme beaucoup je l’espère et imagine à celles du Liban, à celles de Argentins, à celles du conflit israélo-palestiniens et à toutes les victimes de Daesh à travers le monde, si on daigne les en informer correctement, et leur en parler.

 

En réalité, qu’importe sous quelle image ou quelle couleur : je trouve magnifique que le monde puisse se réunir.

 

Lors de Charlie souvenez-vous plusieurs d’entre vous portaient le slogan « Je Suis Charlie », on a eu la même polémique : pourquoi je ne suis pas Charlie, pourquoi des gens disent ça sans l’avoir lu, pourquoi certains suivent le mouvement mais ne sont pas Charlie blabla… Ça en était écoeurant.

Il y a quelques jours, et je ne l’aurais pas forcément imaginé auparavant, lorsque Facebook a proposé de cliquer pour changer sa photo de profil en version tricolore, c’était un petit geste certes, et je l’ai fait. Ç’aurait pu être changer sa photo de profil en bougie, en planisphère, en rose : je l’aurais fait. C’était une manière, pourtant minime, d’être solidaire. C’était une manière pour que toutes ces personnes qui partagent leurs émotions sur Facebook, qui partagent leurs recherches de proches (que nous partageons également) sentent qu’on était là, qu’on est encore là et que nous serons là. C’était un petit pas, à la con, peut-être, mais beaucoup ne pensaient pas, et ne pensent toujours pas à mal en faisant cela. Mettre son drapeau ce n’est ni être facho ni être ethnocentrique. Cela n’empêche pas non plus les propres réflexions et idées sur son pays et ses actions en France comme à l’étranger, au contraire.

 

La vérité c’est que les médias ne parlent pas autant des autres pays quand les attentats auprès de ceux-ci sont multiples au cours des années. La vérité c’est que certains médias participent à la banalisation de tels évènements, participent à la mise en avant des uns, et au retrait des autres. Toute l’histoire des médias comme pouvoir est là. On ne reviendra pas dessus aujourd’hui, ce serait trop long. Mais il ne faudrait pas l’oublier cela aussi.

 

Parmi ces gens qui pensent qu’afficher un drapeau c’est être ethnocentrique, lesquels nous parlent encore aujourd’hui de l’Ukraine ? Nous parlent aujourd’hui du Rwanda ? du Kenya et de ses étudiants morts il y a quelques mois, et il y a encore quelques jours?

 

Si la même chose avait été faite pour le Liban ou ces pays, j’aurais voulu participer à ce mouvement aussi, et j’aurais pris les couleurs de leur drapeau. On n’aurait pas fait la même réflexion. Ou plutôt si. On se serait demandé pourquoi on ne prendrait pas un drapeau israélien, palestinien, rwandais, américain… selon l’actualité. Ce sera toujours la même histoire.

 

Je suis la première à défendre l’actualité, à défendre qu’on parle de tout, qu’on n’oublie personne. Je suis la première à dire qu’il ne faut pas oublier tel évènement quand tout le monde est passé à autre chose, dans les médias y compris. Mais, non mes amis, heureusement, mettre un drapeau tricolore ne fait pas oublier le reste du monde.

 

La vérité, c’est que, effet de troupeau ou non, ce mouvement reste beau, non ? Pourquoi salir une image d’union quand bien même c’est l’union que vous voulez et criez sur tous les toits depuis vendredi ?

 

Toutes ces réflexions stériles nous éloignent, et vont à contre-courant d’un sentiment d’unité, de solidarité, d’amour.

Critiquer le choix citoyen de certains, aussi petit soit-il, en ces temps troublés, c’est presqu’ appeler à annuler ces bons sentiments qui rejaillissent enfin, et annuler les actes citoyens eux-mêmes.

 

Bien sûr qu’on peut et doit réfléchir sur notre drapeau, mais pourquoi appeler à mettre tout le monde dans le même sac et être aussi extrême dans son raisonnement, alors que c’est l’extrême que l’on veut combattre ?

 

Je pourrais également critiquer ceux qui attendent ce moment pour rappeler la nécessité de la réflexion, de l’union, du respect.

 

Je respecte ceux qui ne veulent pas afficher ce drapeau.

 

On n’a pas besoin d’afficher ce drapeau pour être concerné, pour être bouleversé, pour partager, pour agir, pour aimer. C’est un choix. J’aurais pu ne pas le faire, ça n’aurait pas changé mon état d’esprit, ça n’aurait pas changé mes idées politiques, ça n’aurait pas changé mon bouleversement, mon amour, mon implication.

Que vous affichiez ou non un drapeau, je vous aime.

Que j’affiche ou non mon drapeau je pense aux autres pays, et chaque jour, contrairement à beaucoup j’ai le courage d’en parler autour de moi et la volonté de continuer à partager pour qu’on n’oublie personne. C’est en insulter beaucoup que d’insulter ce geste.

Bien sûr cela n’empêche pas les réflexions politiques ou philosophiques sur ce que représente ce drapeau dans d’autres circonstances, sur la question du fichage de Facebook, de la présence importante de ce drapeau qui s’affiche d’un coup sur le réseau social. Et on peut aisément comprendre le choix politique de certains de ne pas l’afficher. Dans d’autres circonstances, qui sait, j’aurais peut-être fait de même. Pour beaucoup cependant, afficher ces couleurs dépassait les questions sur la politique actuelle, sur le moment, pour beaucoup ce n’était même pas un acte politique.

 

J’aurais aimé un drapeau multicolore, c’est la paix. Mais il n’y en avait pas. Et s’il arrive, je le choisirai.

 

Mais pour une fois, je suis juste contente de voir que les Français ne critiquent pas tout de leur pays, sont prêts à le défendre, à s’engager de manière citoyenne, de gauche comme de droite, et à réfléchir aux possibilités, car la nécessité de cette réflexion est révélée pour certains après de tels événements. Les Français peuvent bien sûr, heureusement, le faire sans afficher leur drapeau. On peut afficher ce que l’on veut tant que le coeur y est. L’amour vaincra, qu’importe la couleur que les citoyens décident d’arborer. J’aurais pu faire le choix de ne pas mettre ce drapeau, encore une fois, ça n’aurait rien changé à mes convictions ou mon état d’esprit.

 

Aujourd’hui néanmoins je suis contente de voir que ce drapeau n’est plus l’apanage d’un groupe plein de haine.

 

Aujourd’hui je suis heureuse de voir que ce drapeau, qui a une histoire révélatrice de notre pays et de celle de notre capitale qu’on aime tant, est (re)devenu un symbole d’amour et de résistance, et non d’extrémité.

 

Aujourd’hui notre drapeau est devenu symbole de solidarité et non pas du pire.

Il a traversé l’Histoire, le meilleur et le pire de chacun des citoyens.

Il a été porté par des fachos, par des cons, des violents, des arrogants, des inhumains, par des ignorants, mais surtout par des gens qui nous ont défendu, qui ont résisté, qui ont eu la force de vivre, qui ont eu la force de mourir, pour qu’à notre tour nous défendions nos valeurs, nos amis, nos amours, notre famille, nos droits, nos libertés et pour que ce drapeau flotte encore.

 

Afficher mon drapeau sur mon profil c’est un choix, c’est un geste de solidarité. Il ne fait pas de moi une franco-française sans valeurs, il ne change pas qui je suis: quelqu’un d’inspiré, qui dit ou veut croire de toutes ses forces que la France est debout, qu’elle le restera, et que moi, non pas au nom de la France je n’aurais cette prétention, mais au nom de moi-même, au nom de mes pensées, de mes idées, au nom de ce coeur bourré d’émotions, je suis solidaire de ce monde bouleversé sur tous les continents. De ce monde qui chaque jour lutte pour conserver ou obtenir ses libertés. C’est un geste citoyen, et je n’ai pas à avoir honte de l’avoir choisi.

Tout comme ceux qui ne l’ont pas choisi ne doivent ni avoir honte ni être montrés du doigt.

C’est un choix et chaque personne a ses propres raisons, y voit ses propres symboles, ses propres idées. Et à l’heure où on se défend et partage à tout va sur Facebook, Twitter et les autres réseaux sociaux que le monde est debout, que la France est debout ou en terrasse pour défendre nos libertés, on ne devrait pas le critiquer.

 

Santé, mes amis. Santé !


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