(What) David Bowie is. 1/2

© Helen Green.

© Helen Green.

David Bowie is in the stars.

« David Bowie est mort paisiblement aujourd’hui (le 10 janvier 2016, ndlr) entouré de sa famille à l’issue d’un courageux combat de 18 mois contre le cancer » ont annoncé les proches du chanteur hier matin. Il était environ 8h30 quand mon M. Parfait est venu dans la chambre. Je pensais qu’il allait simplement me dire au revoir avant de partir au travail mais non. Et là, vous voyez il est adorable, mais quand il a proposé de me faire un café j’ai senti que la journée serait spéciale. 

« Quelqu’un est mort ? 

– Oui. 

– Qui ?? 

(silence)

– Mais qui ??

– David Bowie ».

 

David Bowie quoi. Mais il vient de sortir son album… C’était son anniversaire… C’est incroyable…Oh non… Mais c’est triste… 

En fait, le vrai choc, en plus de se rendre compte que Bowie, l’OVNI, avait finalement un côté mortel, c’est de ne pas pouvoir partager avec David Bowie, cet univers très jazzy, sombre et poétique à la fois, complètement perché, aérien qu’est Blackstar.

David Bowie, ce n’est pas ma petite enfance. Non. Je l’ai écouté bien sûr, il faut dire qu’il y a des tubes qui passaient sans cesse, à la radio mais aussi à la télévision, et heureusement car le côté visuel, esthéthique, stylisé fait partie intégrante de son art. Mais si je précise, c’est qu’à mon époque – v’la la vieille qui parle – on passait plus d’icônes, on passait plus d’ancien et d’anciens. Aujourd’hui, et ça a été l’une de mes premières réflexions comme beaucoup d’humoristes ou de caricaturistes ensuite, j’espère qu’il n’y aura pas un album de reprise de faux artistes en herbe ou d’artistes conformistes, commerciaux, qui ne seront pas à son image, qui ne transmettront pas les mêmes vibrations, l’intensité, les mêmes messages. Qui ne les comprendront même pas. 

Je me demande si la toute jeune génération te connaît Bowie. Si ton nom est plus que celui d’une expo, ou qu’un gros titre des journaux. Je me demande s’ils connaissent ton parcours. Je me demande combien ont déjà vu l’un de tes incroyables costumes. S’ils connaissent plusieurs titres – ou juste un seul, ce serait déjà pas mal – de tes chansons. Non pas que ce soit vraiment une tare hein, il n’est jamais trop tard pour découvrir. J’espère sincèrement que tous ceux qui ne te connaissaient pas encore, s’intéresseront à l’artiste que tu étais, à l’homme aussi. À ce que tu as pu inculquer, défendre, partager, propager, inventer. 

 

Petite session de rattrapage.

Aujourd’hui, je me dis qu’il faudrait commencer par le commencement. Parce qu’une telle légende se doit d’en rester une. Parce qu’il y a des messages, une force, une créativité, une flamme qui sont autant de sources d’inspiration.

 

(What) David Bowie is. 1/2

Bowie n’as pas été ma petite enfance. Il a été mon adolescence et m’a suivie depuis. J’écoutais quelques chansons qui passaient, parfois certainement sans savoir que c’était toi, j’ai découvert un personnage, un Ziggy, un astronaute… Des cheveux rouges, des frasques. Puis j’ai fait le lien. Vers 12 ans, j’ai lu (et adoré) le livre autobiographique (ou presque puisque deux journalistes l’ont conçu avec elle) Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée, Prostituée. Bowie est l’idole de l’adolescente. 

 

Petite remise en contexte : on est en plein Berlin du milieu des années 70.

La drogue est partout, il y a un gros mouvement punk aussi, et surtout une vraie soif de liberté. Christiane F raconte un des concerts de celui qui est déjà en train de bâtir sa propre légende, et cite parfois même les paroles de ses chansons. D’ailleurs quand David Bowie a accepté de faire une apparition dans le film adapté du livre, la véritable Christiane F était aux anges. Elle doit bien bader aujourd’hui… Au moment où elle écrit, l’histoire se déroule dans une Allemagne en pleine Guerre froide, coupée en deux, entre misère et culture de masse. Là-bas David Bowie fait bien sûr l’effet d’une bombe. À l’époque, la coke est une vraie guest-star. Chez lui aussi. Il est continuellement sur un fil d’équilibriste entre réel et fiction, et utilise son art pour faire transparaître ses émotions, ses hallucinations aussi. Enregistré en 1975, un an avant le départ pour une période berlinoise complètement à part – où il écrira pour Iggy Pop, il écrit d’ailleurs Station to Station qui ne contient que six titres. Complètement cocaïné, le british se perd à Los Angeles et enchaîne les rails. Entre récent succès et paranoïa, il se cherche. Station to Station marque une période charnière, entre son succès, une première descente, et l’Europe. Un séjour de trois ans en Allemagne de l’ouest où il écrira une autre page de son histoire. Les gens découvrent avec Bowie le pire et le meilleur de ce que la liberté et la gloire proposent. Mais surtout, ils aiment les personnages qu’il incarne, les messages qu’il propose. Ils aiment sa provocation, son univers, ses univers, et cette voix étrange, ces sonorités complètement nouvelles, et.. son histoire.

Dès le départ, il y a bien sûr quelque chose de touchant chez lui. Comme beaucoup de grands artistes de sa génération, David Robert Jones -de son vrai nom- vient de nulle part. Vraiment. Il habite dans un quartier très modeste, voire pauvre, au sud de Londres. Né en 47, il grandit dans un pays, une région qui est à reconstruire. Londres a connu de nombreux bombardements pendant la guerre. Côté famille, pour ce qui est de la mère disons que ce n’est pas vraiment ça. Parfois, elle part un peu en vrille. Le petit plus, c’est qu’elle travaille dans un cinéma. Peut-être est-ce là que naît l’amour du petit David pour le 7e art. En tout cas il a déjà dit que ça l’avait inspiré. Ça a forcément participé à son regard, sa culture, une certaine forme de construction de sa personnalité. Son père travaille pour une organisation caritative, et sa soeur est…chanteuse dans un night-club. Mais celui qui l’inspire vraiment, et qui crée en lui une vraie cicatrice qu’il tentera d’exprimer dans plusieurs chansons comme All the mad men ou le célèbre titre Ashes to Ashes, c’est son demi-frère. Plus âgé Terry Burns joue de la guitare et du saxo, il initie le jeune Bowie. Atteint de schyzophrénie, Terry met fin à ses jours. Son suicide marque à jamais David. Pourtant, il expliquera toujours que son enfance et son adolescence était somme toute « normale » et sans problèmes en particulier. 

Enfin y’a quand même l’histoire d’une bataille, gamin. On lui donne un coup dans l’oeil, il pense même le perdre. Finalement, il aura la pupille dilatée à vie (il est atteint de mydriase). Beaucoup penseront qu’il était vairon. Que nenni mais c’est indéniable que ce nouveau regard ajoutait à son côté mystique. 

 

Major Tom

Très vite il veut jouer : du théâtre, de la musique. Il chante pour des spectacles d’école, puis monte un groupe. Quelques petits échecs puis, en 1967, naît son premier album, tout simplement intitulé David Bowie. Il a vingt ans. Le calcul est simple hein ? Tout juste vingt ans. À l’époque on lui demande même de reprendre Comme d’habitude de Claude François qui cartonne en France. Ce sera finalement Paul Anka, avec My Way mais ce n’est pas plus mal. Quelques années musicales plus tard, il nous offre Space Oddity, la première qui me vient à l’esprit, celle que j’aime souvent fredonner. 

 

Alors qu’il voit à la télé notre planète bleue vue de l’espace, notre OVNI musicien décide de raconter l’histoire d’un astronaute… La chanson a même été reprise il y a quelques années par un véritable astronaute dans sa navette. Bowie avait adoré.

Déjà l’artiste était dans les étoiles. Je trouve ça d’ailleurs très poétique comme idée… C’était certainement bien pensé de sa part, mais devenir une étoile de la musique grâce à Space Oddity, et finir avec Blackstar et tous ces mots en constellation, j’ai juste envie de dire Bravo l’Artiste.

Quoiqu’il en soit, pour revenir a ce premier succès, tout le monde dit que celui-ci était complet. C’est vrai et faux en réalité.

La chanson est très vite classée numéro 1 des charts anglais, puis reprise partout dans le monde. Mais côté album, c’est un échec.

Non, pour que ce soit un succès complet il faut attendre… une autre partie de David.

Il faut attendre Ziggy Stardust.


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