(What) David Bowie is. 2/2

(Suite de l’article) Alors qu’il voit à la télé notre planète bleue vue de l’espace, notre OVNI musicien décide de raconter l’histoire d’un astronaute… La chanson a même été reprise il y a quelques années par un véritable astronaute dans sa navette. Bowie avait adoré. Tout le monde dit que ce titre lui a apporté un succès complet. C’est vrai et faux à la fois. La chanson est très vite classée numéro 1 des charts anglais, puis reprise partout dans le monde. Mais côté album, c’est un échec. Non, pour que ce soit un succès complet il faut attendre… une autre partie de David. Il faut attendre Ziggy Stardust.

(What) David Bowie is. 2/2
David Bowie is …Ziggy.
 

Ziggy, c’est son alter-égo assez fantasque. Androgyne, bariolé, il invente un nouveau genre. On est à l’aube du glam-rock et c’est grâce à Bowie. Ce soir-là de juillet 1972, à la télévision londonienne, pour la célèbre émission Top of The Pops, Bowie anticipe sur le destin, anticipe la création. Vous imaginez un peu la tête des Anglais devant leur petit poste de télé ? Franchement ? Pour ceux qui avaient déjà la couleur, voir débarquer cette créature, mi homme, mi femme, on ne sait trop, les cheveux orange presque rouge, dans sa combinaison créée par Freddy Burretti… On est sur une autre planète : le monde débarque sur sa planète et dit oui au voyage. L’Angleterre accueille une beauté trouble. Il maîtrisait toute la chaîne créative et artistique de Ziggy, puis de ses mille autres personnages. Il conservait et annotait chaque document, chaque idée qui lui venait. Le monde de la mode le salue, en réalité si là aussi il a été précurseur, le « dandy » n’a jamais été un grand passionné. Il souhaitait avant tout offrir une esthétique à sa musique, il voulait être en adéquation visuelle avec elle. Source continue d’inspiration pour les plus grands artistes et stylistes, ses costumes sont tous plus extraordinaires, originaux et flamboyants les uns que les autres. Il impressionne. Il dégage toujours, et à chaque scène, à chaque album, du jamais vu. C’est un vestiaire mythologique qu’il a créé.

Ce soir-là de juillet 1972,  Bowie interprète une chanson qui va vite devenir universelle : Starman. Mais plus que ça, plus que cette nouveauté, cette originalité qu’il impose déjà, il y a le message qui va avec Ziggy. Sous les traits de ce personnage inspiré par Vince Taylor, un rockeur country des 60’s, c’est un messager que décide d’incarner David Bowie. Oui, car vous l’aurez compris, il aime bien déconnecter et offrir à son public des angles nouveaux. Ziggy serait ainsi un homme chargé par l’interlligence extraterrestre de délivrer un message de paix et d’amour sur terre.

 

There’s a starman waiting in the sky
He’d like to come and meet us
But he thinks he’d blow our minds
There’s a starman waiting in the sky
He’s told us not to blow it
Cause he knows it’s all worthwhile

 

Ce message, Bowie le délivre le soir-même sur scène devant les caméras : il enlace son guitariste Mick Ronson, avant de pointer le doigt face caméra. Quelques jours avant, l’étoile avait annoncé son homosexualité, ou plutôt sa bisexualité comme il le précisera très rapidement.

C’est ça ce qui fait de Bowie, Bowie : ce message culturel, fort et audacieux pour l’époque. Ce soir-là, Bowie-Ziggy dit aux jeunes d’être libres, d’être qui ils veulent, d’assumer leurs choix, d’assumer leur sexualité. Il choque les parents et la stratégie, mensongère ou non, est géniale. Il permet aux minorités, gays, lesbiennes, bisexuels, trans … de se sentir compris et non exclus. De se sentir pour une fois sur le devant des projecteurs, et sans être gênés ni pointés du doigt de manière négative. Bowie devient un modèle à suivre. Bien sûr il aimait provoquer, il aimait faire parler de lui, et ça a d’ailleurs bien fonctionné, mais surtout il s’agissait pour lui de faire bouger les lignes toutes tracées, les frontières pré-existantes. Il n’a jamais rien fait par hasard, son dernier album en est peut-être l’ultime preuve. Il a bouleversé un monde qui se cherchait. Et la jeunesse, à travers le monde, est fascinée par celui qui peut tout bouger, qui est en perpétuel changement. 

En 1973, Bowie « abandonne » son personnage de Ziggy Stardust… En réalité, il fera toujours partie de lui…et parler de lui. Sur la scène de l’Hammersmith Apollo le 3 juillet 1973, juste avant Rock’n’roll Suicide, l’artiste tient ces mots : « non seulement ce concert est le dernier de la tournée, mais c’est aussi le dernier que nous ferons jamais ». Les fans craignaient la fin de toute scène, de tout nouvel album… Le chanteur nous a ensuite offert plus de 45 ans d’art. En réalité, ce soir-là de juillet, Bowie parlait de la fin de Ziggy, de son alter-égo.

Depuis, des personnages il en a incarné plein d’autres, en musique comme au cinéma. Ils ont chacun un bout de vie, un univers, une nouvelle performance, une lueur incandescente. Pourtant, cela reste de Ziggy dont il est le plus fier, il a d’ailleurs gardé tous les costumes du japonais Kansai Yamamoto comme il l’explique au micro de France Inter en 1999.

David Bowie à propos de la période Ziggy Stardust / © INA / © FRANCE INTER / 1999.

Il y a un peu plus de quarante ans, David Bowie pensait tuer Ziggy. On pourrait en rire aujourd’hui, non ?

Finalement, Bowie est bel et bien l’homme aux mille visages. De Ziggy à Aladdin Sane, du glam rock au jazz, en passant par la pop, le punk, l’électro, les expérimentations en tout genre et une sexualité libérée, il a cassé tous les codes, bouleversé des univers artistiques différents. Son champ d’horizon et de travail était large. 

Tout au long de sa carrière, il a tout incarné, tout créé.

Ce que j’aime c’est sa capacité à profiter de ce que pourrait lui procurer le système, et de lui être complètement opposé à la fois.

Interrogé en 1983 par Antoine De Caunes, au moment de Let’s Dance, David Bowie expliquait alors que plus que jamais, il se sentait désormais plus  » David Bowie ou David Jones  » depuis qu’il avait réalisé qu’il était capable d’écrire des chansons qui avaient moins à voir avec des personnages qu’avec ses propres émotions. Ces trente dernières années, c’est sans masque, sans costume, sans filet que David Bowie nous a offert le meilleur de lui-même.

David Bowie est presqu’une allégorie de l’art, c’est un Pygmalion. Sans cesse en train de réinventer, de transformer. Il est et restera précurseur, captivant, hypnotique.

 

 


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