Le Point MCVT (#5) : le retour !

Le Point MCVT (#5) : le retour !

 

Pour ce début janvier, côté culture, il faut dire qu’on a pris cher les amis.

 Il ne fait pas bon être un artiste, et plus particulièrement de 69 ans. Méga concert et ciné-parc là-haut. Cette semaine, on voulait la dédier à l’homme aux multiples alter-égos, David Bowie, et v’la qu’ Alan Rickman, un acteur qui a forcément marqué une ou plusieurs périodes de votre vie, s’y met à son tour.

On pense à eux, à leurs familles, leurs proches, et puis on pense à vous, admirateurs, fans, inspirés…

On finit la semaine avec quelques notes de culture et quelques souvenirs. 

Enjoy.

M (usique) 

Impossible de ne pas finir la semaine avec David Bowie, évidemment. Non, on ne va pas vous sortir Life on Mars pour la 100e fois. On a un peu hésité sur ce coup-là, alors comme on n’aime pas choisir vous retrouverez deux-trois morceaux sur notre Facebook qui, s’ils ne sont pas forcément méconnus de tous, sont en tout cas moins médiatisés, et pourtant …

Non, pour finir la semaine, on préfère vous faire découvrir une version assez peu connue d’un morceau…français.

Non, pas « en français », ce serait trop facile. Tout le monde sait (on l’espère) que David connaissait très bien l’Hexagone et assez bien notre belle langue de Molière (tiens d’ailleurs, ça me fait penser, lecteur : va jeter un coup d’oeil à cette petite vidéo où Bowie se fiche un peu de notre Nagui et de son accent anglais). Mais là pour le coup, c’est juste un petit clin d’oeil à la France, et pas à n’importe quelle chanson.

Bon allez… si on vous dit Amsterdam ?

Et si ! Vous ne le saviez peut-être pas, mais David Bowie a interprété une version plutôt originale d’Amsterdam, bref la version Bowie mais en anglais de la célèbre chanson de notre amoureux secret : Jacques Brel. Et oui, le frenchy était connu Outre-Manche grâce à Scott Walker, chanteur américain qui réside au Royaume-Uni et qui a inspiré bon nombre de chanteurs, dont David. 

On aime particulièrement sa touche bien particulière à la guitare. Et l’Ovni ne fait pas que l’interpréter, non, non, c’est carrément un morceau qui figure sur un de ses albums… en 1973. Et oui (ndlr : la chanson de Brel a été écrite et interprétée sur scène près de 10 ans plus tôt, en 1964). En face B de « Sorrow », Bowie nous offre son interprétation de cette chanson que Brel n’avait pas osé enregistrer …

Allez, hop, c’est cadeau.

Et oui, le frenchy était connu Outre-Manche grâce à Scott Walker, chanteur américain qui réside au Royaume-Uni et qui a inspiré bon nombre de chanteurs, dont David. 

 

C (inéma) 

Ce mois-ci que ce soit côté cinéma ou expo, il faut dire qu’on peut faire le plein à Paris. On attend pas mal de chefs d’oeuvre ou presque. 

Nous avons commencé l’année avec Joy de David O’Russel, et le dernier Tarantino : Les 8 salopards tourné en 70mm et qui a bien failli ne jamais voir le jour puisque le script initial (modifié en 4 points depuis) avait fuité sur internet. 

Ce fut de bons choix. Voici le débrief : 

 

JOY s’inspire de l’histoire vraie de Silvana Mangano qui fit fortune en se battant pour son invention, une serpillère qu’on peut essorer sans se salir les mains, celle que vous avez presque tous aujourd’hui. David O’ Russel nous fait ici le plaisir de réunir le meilleur du cast d’Happiness Therapy et American Bluff, et donne à nouveau un très beau rôle à Jennifer Lawrence qu’on aime voir pour autre chose qu’Hunger Games, ça c’est clair.

L’actrice est juste, poignante, touchante, fragile et forte, magnifique, vraiment. Elle incarne parfaitement, et à tous les âges, cette femme qui s’accroche coûte que coûte pour essayer de réussir, ne pas sombrer : une femme qui se relève toujours. Un personnage vraiment attachant. Mère de famille, divorcée, ruinée, chef d’entreprise… Joy entend encore sa grand-mère lui promettre une vie joyeuse, réussie et pourtant… Toujours très créative, la réalité l’a rattrapée et elle n’a jamais tenté sa chance. Elle a toujours été là pour les autres, et s’en est presqu’effacée, oubliée. Beaucoup peuvent se reconnaître sur ce point. Grâce à l’argent d’une nouvelle compagne de son père, elle se lance dans le business avec une famille complètement disjonctée et loin d’être protectrice dans… un monde sans scrupules…

On est à fond, on se bat avec elle, on est dégoûtés, heureux, on a envie d’aller jusqu’au bout, puis on n’y croit plus, puis… Bref :  ça fait du bien. Si on n’ira pas jusqu’à dire que c’est le film de l’année, il n’en est pas loin. À part un moment où le rythme pourrait éventuellement faire défaut, entre le « redondant » ou le « trop lent », cela n’entache en rien la puissance de cette comédie dramatique qui reste un film à voir.

Un vrai feel-good movie, qui inspire, qui fait rire, qui fout mal, qui fout bien, qui donne envie de croire en ses rêves. Allez-y sans hésiter.

 

Pour Les Huit salopards on est…carrément dans autre chose. 

D’ailleurs on est un peu confus… On ne sait pas si on doit vous dire d’aller le voir absolument, ou si on doit vous conseiller de le voir sans trop d’attentes. On est des grands fans de Tarantino, c’est tout un art, tout un univers, des codes… On le conseille plutôt à ceux qui peuvent capter tout cet humour, ces petites touches et ces scènes qui font d’un Tarantino un Tarantino (comme la fin, ou encore les personnages, et même certains moments en fait qui reviennent différemment mais toujours dans chacun des films). Il y a vraiment plein de clins d’oeil, de Red Apple à Hicox, en passant au Marquis (hommage au réalisateur de western – mais pas que – Charles Marquis Warren) et ça, on adore.

Honnêtement, c’est un film qui ne mérite peut-être pas de faire pratiquement 3h, mais « pourquoi pas puisqu’il le peut » comme le disait mon Crumble à la sortie ? Surtout, le début du film annonce d’emblée un rythme lent (on se demande d’ailleurs une fraction de seconde si on va pas passer 3h dans cette calèche), qui finalement est judicieux puisqu’il installe le spectateur dans un climat de fausse tension, de totale interrogation, et donc à même de rire de ce grand-nimporte-quoi movie. Certains moments seront cultes, on vous le dit.

La distribution est géniale et étourdissante comme toujours, Ennio Morricone – on vous l’avait dit – est à nouveau présent pour la BO, bref un petit bijou. Ajoutez à ce beau monde un presque huis-clos en plein blizzard, dans un relai coupé du monde, où on ne sait vraiment qui est qui, où on se retrouve à compter le nombre de gars chelous (oui parce que la fille l’est défintivement hein, pas de doute), où des relations improbables se tissent, des petites touches politiques,… Un shérif, des chasseurs de primes, une folle prisonnière (et meurtrière c’est sûr), un bourreau, un confédéré, un cow-boy (évidemment)… enfin c’est ce qu’on pense… un monde de fous, un monde de Tarantino : on dit oui !

Le réalisateur a toujours voulu en faire une pièce de théâtre, il va bientôt s’y mettre et sera même à la mise en scène : on attend ça avec impatience.

Alors on y va ? Oui, si vous avez de l’humour et de l’amour pour le cinéma (et/ou Tarantino, mais ici on a coutume de dire que ça va ensemble).

V (idéo)

Il a été terrifiant, drôle, fragile, grand, séduisant, fort, élégant, talentueux, poète. Un homme de coeur. Un grand acteur. Hommage à Alan Rickman de Die Hard à Harry Potter, en passant par Love Actually, Sweeney Todd, Le Parfum ou encore Robin des Bois, et tant d’autres… La tribune ci-dessous ne rend malheureusement pas hommage à l’homme de théâtre brillant qu’il a également été.

Hommage à un homme qui avait beaucoup de charisme. Quelqu’un d’intelligent, qui a su être ses personnages. On l’a adoré, détesté avec tout notre coeur et toutes nos tripes… c’est ce qui en fait l’un des plus grands acteurs qui a su faire vivre nos films préférés.

RIP Alan Rickman. We love you.

 

T (‘as rien compris) ou T(opo) sur l’actu

Pour ceux qui me suivent, vous savez que le point T c’est un peu à ma guise. Pas de théâtre ou d’ (high) tech cette fois. Non juste un petit topo pour éclaircir un point de l’actu, qui me fait me répéter depuis mercredi que vraiment, vraiment, les gens n’ont rien compris, et pire encore : ne savent pas réfléchir dans un contexte pourtant présent, où tous les codes de compréhension sont à leur portée.

Le Point MCVT (#5) : le retour !

L’image ci-dessus est extraite du dernier numéro de Charlie Hebdo. Il s’agit d’un dessin de Riss représentant en haut à droite le petit Aylan, petit Syrien décédé à trois ans alors que sa famille et lui tentaient de fuir leur pays en guerre, et dont la photographie avait fait le tour du monde. On vous en avait d’ailleurs parlé ici. Ce qui fait polémique c’est le reste du dessin où l’on voit deux hommes courir après des femmes, et cette question / réponse : « Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi ? Tripoteur de fesses en Allemagne« .

Le dessin et les propos font bien sûr allusion à l’effroyable vague de viols et d’attouchements sexuels qui ont eu lieu à Cologne pour la Saint Sylvestre (plus de 500 femmes victimes). Aux dernières nouvelles, sur 19 personnes arrêtées une grande partie viendrait du Maghreb, d’Afrique du Nord. Un seul des présumés « coupable » serait par ailleurs Syrien. Dès lors le phénomène, déjà choquant, a pris une nouvelle tournure : une tournure à nouveau « Anti-Réfugiés ». Les propos récents de la part de la population, voire de certains politiques en Allemagne attise la peur, mais aussi des propos haineux et violents envers les réfugiés. Plus encore, il pose la question assez taboue en Allemagne des Sans-Papiers, nombreux – avec des chiffres comparables à ceux en France, qui oscilleraient entre 300 et 400 000. La question administrative des sans-papiers, amène l’Allemagne a être confrontée aux questions de sécurité de son territoire mais aussi au sort des Réfugiés, connus ou non des services. Le débat est ainsi très houleux sur place, et la chancelière allemande Angela Merkel a ainsi résumé la situation, soulignant que le peuple allemand comprenait désormais à quel point  » tout conflit quelque part dans le monde peut devenir (leur) conflit ».

Bref, le sujet est sérieux, et on a en même temps l’impression que le débat s’égare et pourrait très vite mener à des amalgames, ce qui est déjà en grande partie le cas… d’où le dessin de Riss. On avait eu le même problème avec le petit Aylan « si près du but », échoué, noyé en bas d’un panneau Mc Do : l’image était pourtant pleine de symboles. Il fallait une petite dose de recul, mais le dessin était pourtant facile à comprendre (cf image explicative ci-dessous).

Le Point MCVT (#5) : le retour !
 

Aujourd’hui, beaucoup s’indignent du dessin de Riss y attribuant les mots de « raciste », ou encore « extrémiste ». Le dessin tourne sur le net alors que le journal en entier, lui, n’est pas propagé partout dans le monde. Il est sorti du contexte, sorti d’une ligne éditoriale, sorti d’une pensée : c’est là le vrai problème.

Depuis les attentats du 7 janvier il y a un an, le monde entier scrute les images du Charlie Hebdo, et beaucoup aiment relancer l’idée d’un journal négatif aux propos outranciers. Ceux-là même qui pensaient certainement que les attentats de Charlie Hebdo étaient mérités.

En fait, on aurait pu appeler ce topo : T (‘es con ou quoi ?)

Aujourd’hui, comme la journaliste Bacqué se le demandait dans Le Monde, beaucoup se posent la question de savoir si le nouveau public de Charlie est prêt à cet humour. Finalement, la vraie question serait plutôt : est-ce que ce nouveau public comprend ce qu’est Charlie, est-il assez réfléchi ? Sait-il lire une image correctement, et en comprendre le sens, lier cela à l’actualité ? Sait-il comprendre les nuances, les clins d’oeil, les codes ? S’intéresse-t-il ou s’est-il déjà intéressé au dessin de presse de manière générale ?

Si oui, alors comment ne pas comprendre ici le vrai sens de ce dessin, la portée de ce message ? Le dessinateur ne généralise pas du tout les propos tenus sur les migrants, il n’est pas malveillant, bien au contraire. Il est satirique. Il l’a toujours été. Le dessin se moque justement ici des discours actuellement tenus en Allemagne suite aux viols commis le soir du Nouvel An à Cologne. Il s’amuse à désservir de tels propos, en montrant noir sur blanc cette absurdité. L’utilisation du petit Aylan est quant à elle non seulement judicieuse mais compréhensible. Riss ajoute à ce détournement l’image d’un petit garçon qui a fait le tour du monde, et qui avait scandalisé toutes les classes politiques, tous les peuples. Le petit Aylan était devenu un symbole de ce que vivant les réfugiés et amenait chacun à tout reconsidérer, et à faire vite, très vite pour trouver des solutions. Montrer Aylan, c’est dire aux gens : « Mais, vous ne vous souvenez donc de rien ? Ça ne vous a pas suffit ? « .

Ce dessin, c’est rappeler la nécessité de se souvenir du petit garçon et de ce que sa mort impliquait : trouver des solutions, ne pas faire d’amalgames, et être humain. Ce dessin c’est le beau discours face la réalité. Tout simplement. C’est l’émotion et les belles paroles, face au manque de solutions qui ont pu être mises en place, et face à la véritable mentalité des gens. 

ML.

 


4 réflexions sur “Le Point MCVT (#5) : le retour !

  1. Le probleme c’est que le message n’a pas d’auteur donc il est difficile d’estimer ou se situe le message. Si l’intitule etait prononce par, disons, un LePen, il n’y aurait pas de doute a ce sujet. Defendre la satire c’est bien, mais il faut aussi assumer la qualite avec laquelle on fait passer un message (si tel est le but). Je trouve que le message ici est sec et ambigu sans accompagnement. Peut etre aussi que la raison pour laquelle ce message est ambigu est le manque de voix s’exprimant clairement contre l’idee que les incidents de la saint sylvestre soient le fait des refugies. Le contexte est a prendre en compte dans la maniere dont on peut s’attendre a ce qu’un dessin soit recu.

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  2. Bonjour, Oui on est d’accord : le problème c’est la mise en contexte. Charlie hebdo est connu en France, pas son lectorat mais pas seulement. Ceux qui connaissent le journal ou son histoire savent qu’il réagit à l’actualité, et que leurs caricatures ou dessins satiriques n’ont pas forcément un article d’accompagnement. Le problème est bien entendu pour ceux qui voient ce dessin aujourd’hui, sans accompagnement, sans contexte lié à l’actualité, sans contexte lié à l’histoire du journal et à ses objectifs ou à sa ligne éditoriale. C’est pourquoi il était important pour moi de remettre en contexte ce dessin, et de faciliter la lecture de cette image selon des codes, selon ce que j’ai pu apprendre dans mes études d’histoire ou encore de journalisme. La même image, dans un journal tel que LE MONDE ne serait peut-être pas forcément prise de la même manière car elle serait accompagnée d’un édito ou d’un article sur la question des réfugiés et des propos tenus en Allemagne et ailleurs à leur égard suite aux évènements de la Saint Sylvestre à Cologne (comme expliqué dans mon article). Mais dès lors que cette image est sortie de son contexte, et ce qu’importe le journal auteur et/ou diffuseur, il est normal que certaines personnes réagissent mal. La différence de connaissances sur le sujet ou sur le journal en question, sur l’actualité, sur la satire en général peut mener à ne pas comprendre un tel dessin, à le voir et le saisir au premier degré et c’est là que les problèmes se posent, c’est là qu’on attise la haine. Pour moi, et c’est l’objectif – entre autres – de ce blog, il est important de rendre l’information et la culture accessibles à tous. Pour cela, il faut offrir un autre regard, mais aussi des codes de compréhension et de lecture. Il est important de redonner aux gens le contexte. J’ai aujourd’hui beaucoup de peine pour le papa d’ Aylan à qui on a du montrer ce dessin tout de go, sans nulle autre information. Un tel journal, une telle liberté de presse ou même la satire n’existent pas vraiment dans son pays, ou en tout cas est beaucoup moins publique (puisque les peines et sanctions sont très lourdes voire criminelle pour ceux qui tentent de la manier). Sans remise en contexte, sans information réelle sur le journal où sur ce qu’il a voulu dire, sur ce qu’il se passe en Allemagne, il est normal que ce papa soit désolé et triste de voir un tel dessin de son petit enfant décédé. Je trouve affligeant qu’on est pu lui montrer un dessin comme ça, sans information. L’ignorance et la promotion de l’ignorance ne font qu’exacerber les tensions. Il faut agir contre cela. Merci pour votre commentaire.

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  3. Moi je trouve le dessin très drole et tres realiste. Comprenez bien qu’on va toutes vous faire tourner dans des caves jusqu’à ce que vous mettiez un voile, bande de salopes occidentales

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