Et Paris (qui) bat la mesure avec… Lili Cros et Thierry Chazelle

Lili Cros et Thierry Chazelle au Zèbre de Belleville le 23/01/2016 © Culture Access - B.Tourdes

Lili Cros et Thierry Chazelle au Zèbre de Belleville le 23/01/2016 © Culture Access – B.Tourdes

Paris. 

Belleville.

La nuit est déjà bien tombée lorsqu’on se faufile à l’étage du plus petit cabaret d’Europe, l’original et authentique Zèbre de Belleville.

Pas de fils d’instruments visibles, pas de micro non plus. La petite scène est vide, on ne devine que deux petites plates-formes à gauche et à droite. Sobre et déjà étonnant. Un peu à l’image de ceux qu’on attend.

Les lumières se tamisent …

Pétillant et discret à la fois le joli couple s’avance. Non, pas sur scène mais au niveau des spectateurs qui sont attablés devant. Oui, ils sont comme ça Lili et Thierry : ils sont là pour donner avant tout. Leur générosité crève les yeux, et habille finalement toute cette scène avant même de commencer à la faire danser.

Sept ans qu’ils voyagent avec leurs instruments et leurs textes. On dit qu’au bout de sept ans pour un couple ça passe ou ça casse. Pour Lili Cros et Thierry Chazelle, artistes indépendants – ça vaut le coup de le mentionner – ça passe carrément. La musique les a fait se rencontrer, elle les a transportés et depuis quelques années ils nous proposent de nous en offrir un bout. Sept ans, c’est le temps que mettent les cellules de notre corps pour se regénérer totalement, offrant une nouvelle étape, un nouveau départ. Ce soir-là, comme depuis une semaine déjà, pendant plus d’une heure ils nous présentent leur nouvel album qui s’intitule ainsi « Peau Neuve« . Une sorte de mue artistique où les deux artistes se sont avant tout recentrés sur leur univers musical.

Des ateliers d’écriture avec leur fidèle ami Jérôme Rousseau mais aussi une écoute du corps et de l’esprit ont donné vie à 38 textes, dont 11 se retrouvent sur ce troisième album. Quand on leur demande comment ils ont bien pu faire leur choix, Lili nous répond : « On a fait un état des lieux de toutes les chansons qu’on avait pu garder et on s’est demandé pourquoi. Et là, on s’est rendu compte que toutes celles qui avaient un lien, quelque chose d’émotionnel avec notre histoire (…) et bien toutes celles-là elles sont restées. Tout ce qui est extérieur ou un peu anecdotique finalement ça peut disparaître. Du coup, on s’est dit qu’il fallait faire ça : qu’il fallait continuer à chercher cette proximité avec nos émotions «  et, croyez-nous sur parole les émotions sont bien sur scène, et plus encore, elles sont partagées.

Pendant plus d’une heure la complicité de ces deux troubadours amoureux, leurs accords, leur humour, cette tendresse des mots, ces histoires, toutes ces vies nous transportent totalement. Dans leurs textes, dans leurs sourires et dans ceux qu’ils nous procurent, c’est simple : on les croirait sortis d’un conte.

L’album nous a de suite parlé, ce nouveau spectacle et cette habile mise en scène en font notre coup de coeur de ce début d’année.

Lili Cros et Thierry Chazelle au Zèbre de Belleville le 23/01/2016 © Culture Access ML / B.Tourdes

Lili Cros et Thierry Chazelle au Zèbre de Belleville le 23/01/2016 © Culture Access ML / B.Tourdes

Le parfait équilibre

    Elle, c’est la basse. C’est la chaleur et la rythmique. C’est la poésie surtout. D’ailleurs sa toute première chanson au piano, ado, c’était une poésie mise en musique. Depuis petite, elle est « très attirée par le sons des mots, leur sonorité, leur mélodie« . Elle qui écoutait surtout U2 et Cindy Lauper, elle qui était timide et discrète – elle l’est encore un peu aujourd’hui et c’est ce qui la rend magnifiquement humaine et charmante – trouve dans la chanson française des repères, un univers bien à elle, bien singulier. Elle aime les mots, les couleurs, et se passionne toujours un peu plus pour « l’écriture, celle qui fait vraiment ressentir les choses au public« . Elle, c’est Lili Cros. Une voix époustouflante. Et on ne mâche pas nos mots. Cristaline et puissante à la fois, un timbre chaud, rond mais aussi délicat et tout en finesse, parfaitement maîtrisé. C’est simple des chanteuses pareilles on n’en a pas entendu depuis pas mal d’années, en français en plus, chapeau bas !

Enfin le chapeau c’est Monsieur qui le porte. D’ailleurs dans Mon Hit, Mon Hat, une de ses nouvelles chansons, il s’amuse de cet accessoire un peu bobo, un peu fétiche, et qui redonne confiance à certains. Lui, c’est plutôt la critique sociale et l’humour. Ses textes sont malicieux et acides à la fois, et parfois franchement touchants. Lui, c’est Thierry Chazelle. À la base, il est plus Boris Vian, chanson française. Lui, c’est plutôt guitare, mandoline et … mélodie du coup. Ce qui est assez drôle puisque leur toute première chanson ensemble pour un autre groupe, la mélodie c’était plutôt elle. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas rythmique pour autant. Les deux balancent chacun leur tour, et ensemble avant tout. Et puis, même s’il ne s’en vante pas, pour ce nouveau spectacle Thierry a quand même inventé ce qu’il appelle le « tape-à-donf » (ou « tapadonf » après tout ce n’est pas encore dans le dictionnaire, mais ça ne devrait plus tarder) : ces fameuses petites plates-formes – entourées de led – dont on vous parlait plus haut et qui sont en réalité des caisses rythmiques sonores, directement reliées à la sono et qui produisent un son unique en son genre, et tout à fait porteur de l’univers dans lequel ils nous invitent.

L’envie d’écrire, ils l’ont depuis tout gamins. D’abord artistes-musiciens, les mots ont peu à peu pris toute leur importance. Du statut d’accompagnant le texte est très vite passé au centre de leur créativité. L’intérêt de la « chanson française » Lili nous raconte qu’elle l’a vraiment rencontré dans ce duo, que d’un coup cela a pris tout son sens. Idem pour Thierry, qui aimait déjà les chanteurs à textes, mais qui s’accorde à dire qu’ils sont nés musiciens, créant « des chansons pour aller avec une musique » avant de s’approcher petit à petit des textes et de finalement écrire des chansons pour nous raconter une histoire : « la musique ne peut exister que si le texte a suffisament d’intérêt à nos yeux » nous livre-t-il.

Ainsi vous pouvez vibrer et chanter sur Le rythme est amour est une ôde à l’Afrique fantasmée de l’enfance de Lili. Après quatre ans passés à Sassandra en Côte d’Ivoire, la chanteuse reste très inspirée et imprégnée par tous ces rythmes. Vous serez charmés par L’anneau, un grand merci au chemin qu’ils ont parcouru ensemble, et à leur nouvelle vie dans le Morbihan, dans ces bois que leurs chansons dépeignent parfois. Cet endroit de partage, de générosité, de création. Le vieux chien est une chanson tendre, elle a sur nous le même effet que Baltique de Renaud. On se demande si elle est triste ou drôle, on est sur un fil : celui de Thierry qui balance entre les deux. Les Petits Attributs est peut-être celle qui le représente le mieux d’ailleurs : une critique sociale, qui n’est pas dans le jugement. Avec une histoire aux premiers abords enfantine il propose là un autre regard sur la lutte des classes, mettant chacun au même niveau, l’humain au premier plan pour voir ce qu’il se passe. On s’ouvre aux autres, on se console, on a des coups de coeur artistiques, de l’imaginaire, du vécu… On aime ce côté humain et sensible de leur écriture, son côté universel aussi. Leurs textes résonnent, leur spectacle nous met en joie.

Ils se complètent, s’accordent, se rendent meilleurs. Avec Lili et Thierry on est loin du couple-artiste cliché où la femme chante et l’homme cause. De la présence sur scène à la composition, en passant par le nombre de chansons et textes de chacun, le mot d’ordre pour ce duo c’est : équilibre. Thierry le dit, Lili et lui c’est un peu le yin et le yang. Sur scène, ils nous laissent toucher à cette parfaite harmonie.

Quand la magie opère

La nouvelle mise en scène du duo prend des allures de cabaret, avec un décor ingénueux, sans aucun fil apparant, sans un amas d’instruments. Toutes ces histoires prennent alors vie. Car ce spectacle c’est ça : des moments de vie, en toute harmonie. Lili et Thierry s’aiment, le jouent, se le disent, se tournent autour. Tendres et complices, le spectacle est une invitation à aimer, à se souvenir aussi et à recevoir.

Après un passage au Off d’Avignon il y a bientôt deux ans, les deux interprètes de « Peau Neuve » voulaient apporter un peu de cette magie qu’ils ont pu découvrir dans différents spectacles issus du théâtre ou de la musique. « Quelque chose d’onirique, et puis du mouvement des corps« , de manière à ce que leurs chansons prennent vie. « Dans la forme du spectacle, on avait déjà l’idée qu’on voulait se débarrasser de tout ce qui est pieds de micro, de tout ce qui est câble pour avoir une grande liberté » et « c’est Thierry qui a eu l’idée du plateau nu » nous glisse Lili.

Avec le comédien Fred Radix (actuellement dans le spectacle Le Siffleur) ils inventent cette nouvelle forme de concert. Puis, ils appellent le clown François Pinon pour les aider : « quand on est arrivés sur scène, du coup, on avait plus de repères » nous dit Thierry, avant que Lili n’ajoute « on avait ce rêve de grande mobilité, et tout d’un coup, on a réalisé que ce n’était pas si simple« . Le duo en rit : à partir d’une idée qui visait à tout simplifier, cela a demandé énormément de travail, d’échanges d’idées : « On ne s’en rend pas compte, mais à chaque chanson il y a un véritable enjeu corporel. On n’est pas cachés derrière notre pied de micro. Et quand on est chanteur, on ne s’en rend pas forcément compte, mais le micro c’est une super planque en fait. Parce qu’on sait exactement où se mettre, on sait exactement quel rapport on a avec le public et quand on se retrouve privé de cet accessoire, et bien il faut tout réinventer« . Le challenge est réussi à la perfection : le public ne perçoit plus la scène comme telle, il est invité à vivre ce moment. Un an de préparation et d’écriture, ce spectacle a demandé près de cinq semaines de chohégraphies et d’essais sur scène. Au final ce n’est pas qu’un spectacle qu’on regarde, c’est autre chose, c’est différent. Car derrière, ou plutôt devant mais dans l’ombre il y a les rois de la synchronisation : Florian Chauvet l’ingénieur du son qui réussit tout de même ici le même challenge qu’un marionnettiste sans les fils, et Eric Planchot brille dans la création de lumières à l’unisson. Il ajoute la touche finale à ce petit cabaret, qui réalise ici la création d’atmosphères toutes particulières, et donne à ces moments une note de douceur et de chaleur qu’on trouve dans les textes et retrouve ainsi sur scène. Grâce à ce travail, il y a une réelle fluidité : dans le jeu, dans la musique, le rythme, les blagues, les petits mots entre deux chansons… Lili et Thierry semblent en oublier qu’ils sont en train de jouer et c’est ce qui rend leur concert unique. 

Ce qui démarre comme un cabaret devient finalement une histoire qui se déroule devant nos yeux. Très vite, la magie opère : le tour est joué.

Frais, drôle, touchant, ce duo électro-acoustique étonne, détonne, et on en veut encore.

***

Lili et Thierry donnaient samedi soir leur dernier concert de la rentrée au Zèbre de Belleville. Mais pas de panique, en attendant vous pouvez vous procurer l’album et surtout… vous pouvez vous faire le plaisir de les voir en live le 2 avril en 1ère partie d’Yves Jamait à La Cigale, et surtout  le 5 avril au Café de la Danse, un lieu qui promet à la magie d’opérer à nouveau (entre 15 et 19 euros la place).

Le plus : Faites un tour sur leur site, ils sont tellement adorables qu’à votre inscription ils vous offrent un petit cadeau… un avant-goût de leur album, si jamais vous hésitiez encore.


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